Le climat n'est pas à l'apaisement à la brasserie d'AB InBev à Jupille, où la production est à l'arrêt depuis le mouvement de grève initié par la FGTB jeudi dernier. Après l'échec de la réunion de conciliation mardi, la direction a dénoncé mercredi soir "une atmosphère agressive". "Les rapports du huissier sur place montrent une atmosphère agressive sur notre site, du sabotage et un contexte dangereux dans lequel le syndicat a même rassemblé au piquet de grève un collègue qui est mis en quarantaine", précise la direction, ajoutant ne pas avoir d'autre choix que "de faire exécuter des astreintes aux personnes qui bloquent le fonctionnement de la brasserie et vont au-delà de ce que permet le droit de grève".

Estimant que la sécurité au sein des installations a été démontrée et, "afin de sortir de cette impasse", la direction a, en outre, annoncé son intention de solliciter une enquête externe impliquant l'inspection du contrôle du bien-être au travail.

Du côté de la FGTB, on conteste les déclarations de la direction. "A part le fait de faire grève, qui est un droit, je ne vois pas en quoi il y a de l'agressivité ou du sabotage. Les remorques qui bloquaient l'accès aux camions ont été enlevées depuis un moment déjà et nous n'empêchons personne d'entrer, ni camions ni travailleurs. Nous ne bloquons ni entrées ni sorties, il y a juste un piquet", assure José Borego, délégué principal FGTB. "Depuis ces derniers jours, la police est présente de jour comme de nuit. S'il y avait de l'agressivité de notre part, la police réagirait".

Celui-ci va jusqu'à affirmer que l'agressivité et les menaces proviennent plutôt de la direction. "On envoie des SMS jour et nuit aux travailleurs pour les inciter à aller travailler, on leur dit que le piquet est levé. On pratique des menaces sur les saisonniers en leur faisant craindre de ne pas être repris. Le directeur en personne m'a interdit d'aller parler à qui que ce soit, me précisant que si je veux communiquer des informations, je n'ai qu'à passer par les organes officiels afin de demander une assemblée du personnel. Et il a ajouté qu'il y est opposé".

En outre, le délégué syndical dénonce un manquement dans la procédure. "Hier, certains travailleurs ont reçu chez eux l'ordonnance du tribunal alors que l'huissier ne l'a jamais montrée au piquet et n'y a pas relevé d'identités. C'est tout simplement illégal", relève-t-il.

Du côté de la police de Liège qui, au-delà de l'assistance à l'huissier, effectue des passages réguliers depuis ces quelques derniers jours, on précise que les constatations faites sur place ne font pas état d'une "atmosphère agressive". Il en ressort que "les véhicules entrent et sortent librement" et que la tension qui a pu être ressentie au niveau du piquet semble au contraire s'être apaisée sur les trois derniers jours... En outre, aucune plainte pour dégradation de matériel ou sabotage n'a été déposée.

Pour rappel, le mouvement a débuté à la suite de plusieurs cas de Covid-19 au sein du département logistique. Dix cas positifs ont été dénombrés, dont deux travailleurs plongés dans le coma. La FGTB reproche à l'entreprise de ne pas avoir réalisé de tracing dès que les deux premiers cas ont été détectés. Elle réclame le départ de la directrice des ressources humaines et du conseiller en prévention car la confiance est rompue. Lundi, la direction a annoncé avoir reçu les résultats de 148 tests. Tous négatifs.