Jean Étienne a été le voisin de Robert Waseige durant 30 ans, à Rocourt. "C’était mon meilleur ami."

Le milieu du foot charrie son lot d’argent, de grosses voitures et de bling-bling. On croit presque s’être trompé d’adresse lorsque notre véhicule franchit le rond-point de la rue des Lilas, en banlieue liégeoise. C’est dans ce quartier populaire mais propret et accueillant qu’a vécu la famille Waseige, Robert, Aline et leurs enfants, durant 40 ans, dans une modeste maison trois façades. " Avec l’argent qu’il a gagné, il aurait pu se payer une belle villa. Mais ce n’est pas le genre de la maison. Ce sont des gens simples ", constate ce groupe de voisins, réuni pour discuter à quelques dizaines de mètres de l’ex-domicile des Waseige.

Voici deux ans , l’ex-sélectionneur des Diables et son épouse ont dû se résoudre à quitter leur foyer de toujours, pour s’installer dans un appartement de Sainte-Walburge. Moins de marches, pas de pelouse à tondre. Partir a été un crève-cœur, nous dit-on. "Aline, son épouse, passe encore tous les jours me dire bonjour. Elle a toujours un pincement au cœur en voyant la maison. C’est simple : ils font partie de la famille. Ils assistaient même aux fêtes chez mes parents. Voilà 30 ans qu’on fête chaque nouvel an ensemble", constate Chantal, qui fut durant 30 ans la voisine directe de Robert et Aline Waseige, à Rocourt . "Robert, c’est une crème d’homme. Il n’a jamais oublié d’où il venait. Il a sans doute gagné beaucoup d’argent, mais il ne l’a jamais montré ."

Son mari, Jean Étienne, policier à la retraite, porte, comme une seconde peau, un t-shirt du RFC Liégeois. Il collectionne depuis des temps immémoriaux toutes les coupures de journaux qui mentionnent Robert Waseige, qu’il range dans une grande armoire métallique.

Il ne nous faut pas beaucoup insister pour qu’il nous abreuve d’une série d’anecdotes toutes plus savoureuses les unes que les autres. Elles impliquent Nebo Malbasa, Aad De Mos, Raymond Goethals, les après-matchs mémorables à Charleroi "où il était le bon dieu", Jean-Paul Spaute, Mario Notaro, les après-midi toutes simples sur la terrasse de Jean, avec vue sur le jardin de Robert, et bien sûr toute la clique de la grande époque du RFC Liège. Elles tracent un fil rouge épousant les contours de la carrière du mage liégeois.

Entre chacune d’elles , le silence se fait quelques secondes. On lui voit une discrète larme à l’œil. " Je l’ai accompagné sur presque chacun de ses matchs, même en déplacement. Pour les matchs amicaux, il me permettait même de monter dans le car avec les joueurs. Je me suis parfois retrouvé en tribune à côté de personnalités comme Louis Van Gaal ou Jean-Luc Dehaene ", reprend Jean Étienne. "Je le voyais tous les jours. C’était mon meilleur ami. Je n’en aurai plus deux de pareil. "

Alors qu’il parle, il passe du français au wallon sans s’en rendre compte. C’est ainsi qu’ils discutaient, avec "le coach."

Au sortir de sa carrière, le virus du foot n’a pas quitté Robert Waseige et son ami. C’est encore ensemble que les compères suivront la renaissance du RFC Liégeois. "Ces dernières années, le coach était devenu un vrai supporter, on faisait ensemble les déplacements en car. Il se permettait même d’engueuler l’arbitre ou même l’entraîneur adverse. Il disait : ‘Maintenant, je peux donner mon avis’."

Après 30 ans d’amitié, même au terme de sa carrière, Jean n’a pas cessé d’appeler Robert Waseige "coach". Une marque de respect. Ces dernières semaines, la santé de Robert Waseige avait décliné, mais la lucidité était toujours là. "Il n’avait pas pu venir aux derniers matchs de Liège à cause de sa santé. Pour s’occuper, il lisait énormément, regardait tous les sports possibles et imaginables à la télévision", ajoute Jean. "Récemment, nous nous sommes encore rendus ensemble à l’enterrement d’un supporter du RFC", conclut Jean Étienne. "Si j’avais su que c’était le dernier où nous irions ensemble… Et il y a deux semaines, il est encore venu ici me rendre visite, le temps de boire deux pastis. J’ai par contre manqué son dernier repas dans le centre, au restaurant de Moreno Giusto (NdlR : ex-joueur du RFC Liège). J’ai trouvé qu’il faisait trop chaud. C’est un tort, j’aurais dû y aller…"

“Un Liégeois, tout simplement”

 Si vous êtes venu parler de Robert Waseige ce vendredi, au San Daniele dans le centre de Liège, il est rigoureusement impossible de refuser une assiette de jambon, de fromage, des boulettes à la tomate et un verre. Le restaurant est tenu par Moreno Giusto et sa mamma.
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Moreno a joué près de 200 matchs de D1 pour les sang et marine, dont beaucoup sous les ordres de M. Waseige. “Depuis une quinzaine d’années, le coach vient manger ici tous les mercredis, à cette place. La table est réservée à l’année ! Il venait avec des amis, son fils Frédéric, Raphaël Quaranta, Pierre Drouguet, Luc Ernès ou même Marc Wilmots”, nous glisse-t-il en désignant une table, à l’extérieur du restaurant. “Il est encore venu à pied, il y a deux semaines. Sa célébrité, il la laissait chez lui. C’est une personne normale dans la vie, accessible. Par contre, dans le foot, c’était un visionnaire”, nous relate celui qui, avec Robert Waseige, remporta la Coupe de Belgique. “Chaque mercredi, on parlait de tout, pas seulement de foot. Il avait toujours cet humour caustique qu’il utilisait dans le vestiaire. Il savait inspirer la crainte et le respect. En deux ou trois mots, vous aviez tout compris. Même à la retraite, il a continué à m’inspirer le même gros respect. Pour lui, tous les joueurs, titulaires ou sur le banc, avaient la même importance.”

Lorsqu’il s’installait à table, tout le monde s’arrêtait pour poser des questions à Robert Waseige. “Il prenait le temps de répondre à chacun avec le sourire. C’est à ce genre de détail qu’on voit que c’était un grand homme.”

Pourquoi le coach ne se mettait-il pas au fond du restaurant pour avoir la paix ? “C’était un Liégeois, tout simplement.”