Liège

Le parquet fédéral a communiqué mardi en audience publique, lors d'une procédure devant le tribunal des référés de Liège, certains éléments du dossier judiciaire actuellement reproché au transporteur Jost. 

L'entreprise aurait réalisé un actif illégal de 55 millions d'euros dans "une fraude sociale gigantesque". Le préjudice se situerait aux alentours de 60 millions d'euros. Suspecté par les avocats du transporteur Jost de tenter d'effectuer la saisie de 346 camions au terme d'une instruction qualifiée de "totalitaire", le parquet fédéral a répondu en audience publique en donnant quelques éléments du dossier actuellement à l'instruction.

L'enquête avait débuté en 2015 et avait débouché en 2017 sur la mise sous mandat d'arrêt de quatre personnes, dont Roland Jost. Le transporteur, visé principalement par l'intermédiaire de deux filiales slovaques et roumaines, aurait mis en place une fraude sociale gigantesque en utilisant des camions immatriculés en Slovaquie et en Roumanie, alors que les transports étaient réellement organisés depuis la Belgique.

"Il existe des indices de faits d'organisation criminelle, de blanchiment et de traite des êtres humains", a indiqué le parquet fédéral. L'actif illégal réalisé serait de 55 millions d'euros. Le préjudice est estimé à près de 65 millions d'euros, avec 45 millions d'euros de rémunérations non payées aux travailleurs et 20 millions d'euros de cotisations sociales éludées. Le dossier fait état de 947 victimes identifiées de traite des êtres humains.

Dans le cadre de l'enquête, un policier s'était infiltré dans l'entreprise. Embauché en Slovaquie par une société filiale écran, il s'était vu proposer un salaire allant de 550 à 650 euros par mois pour travailler en Belgique.

Selon le parquet, les chauffeur endossaient un rythme de travail de 18 heures par jour et restaient dans leurs camions jusqu'à 8 semaines consécutives. Le policier infiltré avait eu droit à 6 douches en quatre semaines. Une perquisition réalisée en novembre 2018 dans un dortoir pour camionneurs de l'entreprise à Herstal aurait démontré que la situation s'était encore aggravée depuis mai 2018.