Célia 26 ans, l’ancienne manager du JD Sports de la Médiacité à Liège, a été acquittée par le tribunal correctionnel de Liège devant lequel elle était poursuivie pour avoir tenu des propos discriminatoires. Pour rappel, le 23 octobre 2019, une vidéo a été tournée dans laquelle elle aurait demandé à ses employés de se placer par files en fin de journée selon leur origine. "Une file d’Arabes, une file de macaques et une file de Gwers", aurait-elle déclaré. Cette vidéo a fait le tour de la toile et a provoqué un véritable tollé.

Un des employés a décidé de déposer plainte et les nombreux employés de ce magasin se sont mis en incapacité de travail. A la suite de ces faits, la manager a été rapidement licenciée. Lors de son audition, elle aurait déclaré qu’elle avait dit cela sur le ton de l’humour. Il y a eu ensuite des pillages dans les magasins de la chaîne et une manifestation a été organisée par la Ligue de la Défense Noire Africaine. Mais lors de l’audience devant le tribunal correctionnel, le calme était revenu. “Je travaillais là depuis deux ans”, a expliqué Célia devant le tribunal. A chaque fermeture, chaque employé et chaque manager passait devant tout le monde pour montrer qu’ils n’avaient rien volé. Une mesure mise en place par le magasin et non la manager. “On fait une file. On était fort familiaux au niveau de l’équipe. J’ai dit on va faire une file de Gwers, de macaques et Arabes, mais c’était sans signification particulière. “ Selon Célia, elle n’a visé personne en particulier. “ Ce n’était pas mon intention de blesser. Je l’ai dit sur le ton de l’humour et cette personne m’a fait un câlin.

En réalité, cet employé a dit qu’il avait pris la dame dans ses bras et lui avait dit “bougnoule” avant de lui dire qu’elle “allait se calmer.” "J’ai dit les bamboulas et les macaques, mais j’ai dit cela sur le ton de la rigolade.

Le lendemain, un des employés est allé trouver une responsable pour lui faire part de son mécontentement alors que selon elle, l’ambiance était bonne juste après les faits. Après cet épisode, la jeune femme a présenté ses excuses au personnel. Selon Me Philippe Zevenne qui défendait la jeune femme, sa cliente n'a jamais eu l’intention d’offenser qui que ce soit et elle n’est pas du tout raciste. “On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui”, a estimé l’avocat. Me Zevenne. “Ma cliente n’a rien d’une raciste. Elle se moquait de ses propres origines étrangères. Elle n’a jamais voulu inciter quiconque à revendiquer une discrimination.

Le tribunal a également estimé qu’il n’était pas certain que Célia avait eu comme volonté discriminer. "La caméra de vidéo surveillance a pu montrer une ambiance générale détendue et décontractée lors de la mise en place de la file", relève le tribunal. "Les personnes ont été placées de manière aléatoire dans la file." Le tribunal a également relevé les excuses de Célia à la suite des faits et le fait que l'employé avait accepté ses excuses avant de par la suite demander à ce qu'elle soit sanctionnée. La magistrate a également rappelé la scène lors de laquelle la responsable avait été filmée et obligée de répéter ses propos, mais aussi les pillages qui s'en sont suivis.

"Le climat était très familier entre le manager et les employés. Célia manquait manifestement de professionnalisme. Elle employait un ton irrespectueux, familier. Elle réfléchissait plus comme si il s’agissait de ses potes. Elle avait des propos déplacés sur le ton de la blague. “On ne peut faire abstraction du contexte”, a encore souligné le tribunal. “On ne voit à aucun moment qu’elle a organisé des files. Les files ne sont nullement composées selon la couleur de peau. Les propos étaient tellement habituels que personne n’avait été choqué. Ils se parlaient de la sorte entre employés.

Personne sur les lieux n’a sérieusement pensé qu’il fallait organiser les files selon les origines. Si les propos peuvent constituer des injures choquantes et sont inadmissibles, ils ne peuvent cependant être constitutifs à une discrimination ou une ségrégation. Les propos sont certes choquants et ont pu engendrer un sentiment d’humiliation et de colère, mais il n’est pas démontré qu’elle avait une volonté particulière d’inciter à la discrimination ou la ségrégation."