L’histoire du bassin sidérurgique liégeois a rarement été un long fleuve tranquille… mais force est de constater que depuis la privatisation des outils, les soubresauts sont plus fréquents.

Aujourd’hui en effet, c’est la faillite de la société anglaise Greensill Capital - elle a déposé le bilan il y a deux jours alors qu’elle était valorisée il y a un an à près de 7 milliards de dollars - qui fait craindre le pire à une majeure partie de la sidérurgie liégeoise. Il faut dire en effet que Greensill, c’est un peu la "banque interne" de Liberty Steel… Les observateurs n’auront donc pas manqué de constater que, rapidement, le groupe ArcelorMittal, qui livre Liberty en matières premières, a annoncé qu’il suspendait les approvisionnements…

Ce mercredi, une réunion en urgence a été organisée entre les syndicats, inquiets, et la direction liégeoise du groupe. Le groupe Liberty Steel représente aujourd’hui 760 travailleurs (Ferblatil à Tilleur, Galva IV et V à Flémalle). "Cette faillite de Greensill met clairement en difficulté toutes les entreprises du groupe", explique Jordan Atanasov, secrétaire syndical CSC Metea, "car sans trésorerie, il y a une incapacité à faire face aux clients, aux fournisseurs et nos craintes sont bien sûr que cela ait un impact sur les travailleurs"… Pour le syndicaliste, la situation est clairement grave. "On peut dire que nous sommes au bord du gouffre. Nous avons d’ailleurs demandé que tout se fasse dans le cadre d’un conseil d’entreprise extraordinaire, ce qui démontre la gravité de la situation". Et de réclamer au groupe qu’il supporte concrètement les sites en difficultés.

Il y a un an, l’annonce était faite d’un investissement de 100 millions d’euros par Liberty Steel, et ce, afin de moderniser les outils liégeois. Nul besoin de préciser que cette faillite de Greensill va rebattre les cartes.

Pour Damien Robert, élu PTB, ce scénario, qu’il évoquait déjà en septembre dernier, était pourtant prévisible… "Malheureusement, nos craintes étaient fondées. Les fonds propres de Liberty Steel sont quasi inexistants. En effet, elle rachète d’autres entreprises afin d’obtenir des garanties mais c’est le pire capitalisme qui puisse exister car c’est comme jouer au poker menteur", poursuit le Sérésien, "c’est catastrophique car Liberty Steel, c’est 35000 emplois au niveau mondial mais c’est un colosse au pied d’argile. Le PTB demande que la Région prenne ses responsabilités afin de maintenir les activités sidérurgiques et, donc, l’emploi".