C’est en décembre 2018, au terme d’un appel d’offres, que le groupe français Coriance était désigné pour réaliser et exploiter le réseau de chaleur urbain (RCU) de la ville de Herstal via sa filiale Herstal Energie Verte-Heve. Après avoir mené pendant un an les études permettant de définir le réseau puis déposé les demandes de permis, un marché public de travaux a été lancé en juin 2020 pour la réalisation de la phase 1 du projet en quatre lots.

La première phase des travaux a démarré en mai dernier pour une mise en service prévue "en novembre 2021 si tout va bien", indique Frédéric Simon, nouveau directeur d’Urbeo (Régie communale autonome immobilière de Herstal). La pose de tuyaux a commencé par la réalisation de tranchées dans les voiries publiques. Après le boulevard Zénobe Gramme fin juin, le chantier se poursuit cette semaine jusqu’à la piscine communale. Au total, ce sont près de 6,5 km de tuyaux nécessaires à l’acheminement de l’eau chaude qui seront installés dans le centre-ville, impactant les axes de circulation : la rue du Grand Puits et le boulevard Zénobe Gramme. "Toutes les canalisations et coudes sont fabriqués en usine. Sur le chantier, on ne fait qu’assembler, souder les pièces entre elles et rajouter de l’isolant au niveau des connexions. Donc on limite au maximum les interventions sur chantier, ce qui permet d’avoir des rendements et poses plus rapides ", explique le directeur.

5 000 logements

Ces 6,5 km de réseau couvriront les besoins en chauffage et en eau chaude sanitaire d’environ 5 000 équivalents logements dans la partie basse de Herstal, une chaleur écologique issue à 92 % d’énergie thermique produite par l’Unité de valorisation énergétique des déchets d’Uvelia-Intradel à Herstal. Il s’agit d’un modèle d’économie circulaire. Une partie de l’énergie thermique générée par la combustion des déchets sera transmise au réseau de chaleur pour être transportée au travers des conduites enterrées jusqu’aux abonnés.

"C’est le même système qu’un chauffage central d’une habitation", poursuit Jean-Marc Digneffe, chef de service Traitement chez Intradel, qui chauffe déjà ses bureaux de cette manière. "On va prendre une partie de la vapeur pour chauffer l’eau qui circule dans un tuyau qui part de l’incinérateur pour alimenter les chauffages des immeubles, et un tuyau retour, refroidi qui revient à l’incinérateur".

Avec ce réseau, "on vise d’abord des immeubles à appartements, des bureaux, commerces, écoles et activités industrielles. Raccorder une maison d’habitation unifamiliale n’est pas rentable", indique le directeur d’Urbeo. Le réseau d’agglomération alimentera également le site des Acec en passe d’être revalorisé. "Cela permettra d’éviter les émissions de plus de 10 815 tonnes de CO2, soit l’équivalent de l’émission de 9 922 voitures chaque année", précise la filiale Coriance.

En parallèle, à partir de juillet 2021, des travaux de construction des moyens de production de la chaleur auront lieu sur le site d’Uvélia-Intradel. Enfin, il restera l’installation d’échangeurs de chaleur dans les bâtiments qui seront connectés au réseau. "On enlève la chaudière à combustible fossile et on met un échangeur de chaleur pour séparer le réseau public et le réseau interne des habitations", explicite Frédéric Simon.

Pour rappel, ce projet représente un investissement total de 12,7 millions d’euros et bénéficie d’un soutien du fonds européen Feder (5 millions d’euros) et de la Wallonie (6,3 millions d’euros), soit un projet à 89 % subsidié et 11 % par la filiale Urbeo Invest de la Ville de Herstal "et on vient de recevoir dernièrement du gouvernement wallon une enveloppe complémentaire Feder de 500 000 euros ", annonce Jean-Louis Lefèbvre, bourgmestre f.f.. "Ce sera une première en Wallonie, et le plus gros en Belgique."

Un projet métropolitain

La deuxième phase des travaux est prévue en 2022 et prévoit de prolonger le réseau jusqu’au projet d’écoquartier à Coronmeuse et le site de Chertal. Cette deuxième boucle de près de 40 km pour un budget de 30 millions d’euros sera autofinancée, in fine, par l’exploitant.

Avec celle-ci, "ce sont 203GWh de chauffage qui seront livrés par an pour 20 000ménages, soit une économie annuelle de 38 000 tonnes de CO2", précise le bourgmestre f.f.. "L’Europe n’atteindra ses objectifs en matière de réduction de CO2 que si elle développe massivement les chauffages urbains. Le chauffage des habitations est en effet une des grosses sources de CO2", conclut le responsable chez Intradel.

Plus d’informations sur www.herstal-energie-verte.be.