Liège Dossier phare de la délégation wallonne, il est à l’honneur ce mercredi à Cannes.


Pour sa 30e édition, le Mipim, incontournable salon des professionnels de l’immobilier à Cannes, fait le plein d’énergie verte. Lors de cette édition 2019 (dénommée Engaging the future), en effet, le programme de conférences du Mipim explorera la thématique de la "responsabilité durable comme catalyseur d’un secteur immobilier en mutation".

Le Mipim… c’est ici que, depuis quelques années, les autorités publiques liégeoises et wallonnes viennent chercher les partenaires ambitieux, utiles aux rénovations urbaines d’envergure. Mais dans ce cadre durable de 2019, un projet s’imposait : le chauffage urbain de Herstal. Il est au cœur (le cœur ?) des conférences wallonnes de ce mercredi à Cannes. L’occasion pour Grégory Radisson, CEO de Coriance (partenaire industriel), et Jean-Louis Lefebvre, échevin, président d’Urbeo Invest (maître d’œuvre), de rappeler tout le potentiel de ce réseau d’avenir qui devrait être effectif dès 2021.

Chauffer Herstal au départ de l’usine Uvélia, soit l’incinérateur des déchets de 72 communes liégeoises : telle est l’essence de ce réseau. Comprenons donc bien : il s’agit de chauffer un maximum d’entités (publiques) comme les hôpitaux, les écoles, les maisons de repos, grâce aux déchets ménagers. Aujourd’hui, ces déchets incinérés à Intradel son essentiellement valorisés sous forme d’énergie électrique. Demain, ils pourraient donc l’être sous forme d’export de chaleur.

Pour Jean-Louis Lefebvre, le chemin emprunté est clairement le bon. "Je n’ai aucune crainte quant à ce dossier. Au contraire, j’éprouve de la fierté et je repense à cette signature pour la création de l’ALG en 1947 ; ce fut un acte politique majeur et, septante ans après, c’est toujours là. Ce qui est mis en place avec ce chauffage urbain, c’est peut-être un acte historique, du moins je le crois, car c’est un incroyable service rendu au public."

Il faut dire, en effet, que l’opportunité est belle… Outre le fait de changer une contrainte en atout - puisqu’on exploite nos déchets pour chauffer la ville -, il s’agit ici de développer une source d’énergie alternative et vertueuse pour l’équivalent de 20 000 ménages. Les projections réalisées par Coriance avancent une livraison de 203 gigawatts-heure d’énergie par an via un réseau de 40 kilomètres. Excusez du peu !

L’impact environnemental est énorme, puisque cette chaleur "verte" doit permettre de supprimer tout recours aux énergies fossiles. On évalue aujourd’hui l’économie de CO2 réalisée annuellement à 38 000 tonnes. En outre, ce réseau s’avère un outil majeur pour structurer le développement urbain. Demain, le site des Acec sera relié, puis Herstal. Et sans doute Liège…

"On peut le dire, ce réseau sera indéniablement un élément majeur pour la promotion immobilière qui va s’y greffer", observe encore Jean-Louis Lefebvre. Une promotion qui devra, de fait, tirer profit de ce moteur durable qu’est le chauffage urbain.

Oui, l’acte posé est sans doute historique !

"Une énergie verte, rentable et vertueuse"

Grégory Radisson (Coriance), lève le voile sur le développement de cette gigantesque machine.

Le plus grand réseau de chauffage urbain de Wallonie, c’est bien ce que le groupe Coriance (France), spécialisé dans les réseaux de chaleur urbains, doit mettre en œuvre, au départ d’Uvelia-Intradel. Grégory Radisson, adjoint au développement (France-Belgique), lève le voile sur le développement de cette gigantesque machine

Plus de 12 millions d’investissement, 40 km de réseau, une extension vers Liège… va-t-on devoir retourner toute la ville pour mettre le réseau en place ?

"Non, bien sûr, mais il faut d’abord créer une artère, une canalisation principale, de Herstal vers Liège et de cette colonne vertébrale, créer d’autres connexions. De la vapeur, on passe à l’eau qui est propulsée sur le réseau."

C’est assez simple, donc ?

"Assez, oui. En fait, le chauffage ici se substitue à la chaudière, il y a même moins de contraintes car il n’y a pas de flamme mais la température est largement suffisante pour avoir une puissance sur le réseau secondaire."

C’est donc aussi très rentable ?

"Clairement, c’est une énergie peu chère, disponible et continue. Car le four, l’incinérateur, ne s’arrête pas et les besoins sont continus. L’équation est parfaite entre la production et la consommation. De plus, on parle d’une énergie récupérée, verte, vertueuse. C’est vert, rentable et durable sans oublier le fait que ce type de réseau est particulièrement résistant."

C’est-à-dire ?

"L’un des plus anciens réseaux du genre existe encore à New York, il date du XIXe siècle et est toujours en activité."

Ce réseau dont nous parlons ferait 40 km, c’est un maximum ?

"Après, il n’y a plus assez de puissance pour véhiculer la chaleur. Se pose alors la question de reproduire de la chaleur mais c’est possible. Et envisagé. À Cracovie, il existe un réseau de 300 km."

Est-ce toutefois envisageable pour les particuliers ?

"Aujourd’hui, le coût d’installation reste plus important qu’une chaudière au gaz. Nous visons donc des copropriétés, de l’industriel…".

Comment le chantier sera-t-il mis en œuvre ?

"La mise en service est prévue pour septembre 2021 et la première phase prévoit un réseau de 4 200 équivalents logements. D’ici 12 ans, nous aurons un réseau de 20 000 équivalents logements, ce qui permettra de faire l’économie en CO2 de 33 000 véhicules/an."