Restauration et rénovation de l’ORW ont duré près de trois ans. Cela valait la peine

LIÈGE C’est ce mercredi que le Prince Philippe et la Princesse Mathilde inaugureront officiellement le Théâtre royal rénové.

Depuis près de trois ans, l’Opéra royal de Wallonie subit un lifting majeur. Il se traduit par une restauration à l’identique de la grande salle, des travaux de rénovation et une modernisation, tant au niveau de la réfection globale des techniques de scène et de la scénographie, que de l’extension du bâtiment.

Le budget de ce colossal chantier se monte finalement à 31 millions d’euros (soit un dépassement de quatre millions), subsidié pour moitié par la Région wallonne, le reste étant à charge de l’Europe (40 % via le fonds Feder) et de la Ville de Liège (10 %).

La première pierre de ce bâtiment néoclassique conçu par l’architecte Auguste Deckers avait été posée le 1er juillet 1818. Il fut inauguré le 4 novembre 1820 et devint propriété de la Ville de Liège en 1852. L’édifice, classé patrimoine protégé de Wallonie, a subi les outrages du temps.

Dans les années 60, des ajouts décoratifs et des travaux bâclés de restauration ont nui à l’ensemble. “Le foyer, c’est-à-dire la salle d’apparat, a été littéralement recréé. On a éliminé tous les éléments qui n’étaient pas d’époque. La pièce a été repeinte en beige. On a posé un parquet de chêne, construit un nouveau plafond et appliqué des feuilles d’or sur les moulures ”, indique Marie Pirlet, maître de l’ouvrage. La grande salle a fait l’objet d’une minutieuse restauration à l’identique. “La toile marouflée de la coupole a été nettoyée en profondeur, les loges tapissées avec un papier velouré rouge créé spécialement par un artisan, et la restauration du grand lustre confiée à un bronzier parisien .”

En outre, des éléments de décoration comme les statuettes d’angelots (certaines étant très abîmées) ont fait elles aussi l’objet d’une restauration. Une consolidation des moulures de la coupole de la grande salle, réalisée dans les années 60, a donné du fil à retordre aux restaurateurs. “On y avait placé 4.200 vis de métal, longues de près de 20 cm” , explique Marie Pirlet. “Ces vis ont été posées en dépit du bon sens et elles ont causé des dégâts.” Elles ont été ôtées et remplacées par des baguettes de bambous avant de recréer des moulures à l’identique.

Lors du tremblement de terre de 1983, une fissure courant tout le long de la coupole s’est formée. Personne ne s’en était aperçu jusqu’alors. Il a donc fallu la colmater soigneusement.

La façade du théâtre a beaucoup changé. Fini les tons bruns et gris des pierres, bonjour un blanc lumineux. “Nous nous sommes approchés au plus près de la couleur originelle, qui était le saumon. Le badigeon blanc appliqué a été légèrement teinté de rose afin de réfléchir la lumière” , souligne l’échevin des Travaux de Liège, Roland Léonard.

Mais la transformation la plus spectaculaire est cette hyperstructure moderne qui a jailli du toit de l’Opéra. Elle culmine à 36 mètres et son revêtement est composé de lamelles d’aluminium tricolores. Le Théâtre royal redevient dès lors le plus haut bâtiment public du cœur de Liège. Cette rehausse abritera des locaux techniques et administratifs ainsi qu’une salle de répétition dotée d’une terrasse panoramique et desservie par des ascenseurs extérieurs.

Et une grande entreprise de modernisation des infrastructures techniques a été réalisée. “La fosse d’orchestre et l’avant-scène ont été redessinées. La cage de scène a été rehaussée pour y installer une machinerie motorisée et informatisée. Un nouveau système de perches permettra de supporter plus d’éclairages et des décors plus imposants” , indique Marie Pirlet.

L’Opéra s’est également doté, en première mondiale, du système Spiralift, une technique qui offre la possibilité de monter à grande vitesse et dans un silence total les quatre scènes mobiles du plateau.

Bref, ce chantier de longue haleine a abouti à un Théâtre royal rénové qui allie harmonieusement tradition et modernité. Tout le défi, pour l’ORW, consistera à le garder vivant, grâce à une programmation qui captera de nouveaux publics.



© La Dernière Heure 2012