Liège

Les témoins présentent l'accusé comme un homme rigide et qui donne des conseils qu'il ne s'applique pas

Ce mercredi, la cour d’assises de Liège a poursuivi le procès de Eddy Michel, 39 ans, qui doit répondre des assassinats de Jules, 6 ans et Timothé, 4 ans, les enfants qu’il a eu avec Madeleine Bosly.

Des faits qu’il a commis à Liège dans la matinée du 30 septembre 2017 sur les hauteurs de Liège. Les jurés ont entendu le témoignage de la directrice de l’école de l’enseignement secondaire spécialisé dans laquelle Eddy Michel professait.

Le témoin a expliqué que l’ambiance entre les professeurs était à l’entraide dans cette école. "Deux personnes sont venues me dire qu’il valait mieux qu’elle ne soit jamais seul avec un groupe car il avait beaucoup de mal à gérer ses émotions et fallait éviter un problème avec un élève."

La directrice a rencontré Eddy Michel et l’a questionné sans lui faire part de l’inquiétude de ses collègues. "Il m’a dit qu’il n’allait pas bien du tout. Je lui ai demandé si il avait des problèmes. Il m’a dit on est séparés. Il était très triste. J’ai essayé de lui remonter le moral. Je lui ai dit qu’il fallait peut-être du temps. Je lui ai dit qu’il repartirait peut-être avec un autre projet de vie, que la vie était belle et qu’il prenne soin de lui."

La directrice a expliqué que le drame avait provoqué un véritable séisme dans l’établissement. « Je crois que j’ai hurlé au téléphone. Je me suis écroulée en larmes. J’étais tétanisée. Je ne pouvais pas croire et j’aimerais encore pouvoir me réveiller en me disant que ce n’était qu’un cauchemar. » Toute l’équipe a été totalement bouleversée. "Je crois que si une bombe atomique avait explosé, on n’aurait pas été dans un autre état." Un collègue de Eddy Michel a témoigné du fait que le couple n’allait pas depuis un certain temps. "Pour moi, c’était une relation toxique. Je ne sais pas qui avait commencé à envoyer des messages pour pourrir la soirée de l’autre. "

Cette dame a expliqué que pour elle, c’était inconcevable de s’en prendre à son enfant. Une autre collègue qui était assez proche du couple a expliqué que Eddy Michel était rigide et qu’il insultait de manière régulière Madeleine Bosly, en particulier lorsque leur relation a été finie. "Il la traitait de sale pute qui va au cinéma et se fait baiser. Je lui ai répondu qu’il avait aussi d’autres relations et il m’a répondu, que lui ce n’était pas la même chose."

Un peu plus tard, il a confié à cette dame qu’il voulait tuer toute la famille. "Il m’a dit qu’il avait des pensées horribles. Il m’a dit qu’il a pensé mettre fin à la vie de toute la famille parce que si elle n’était pas unie, elle n’avait aucun sens. Je lui ai dit d’aller consulter parce que ce n’est pas possible d’avoir des idées pareilles. J’en ai parlé à mon compagnon et à la psychologue de l’école. Il m’a dit qu’il avait pris RDV chez une psychologue. Je me suis sentie rassurée. Le lendemain, il semblait aller mieux. Il m’avait dit que c’était le dernier moment pendant lequel il pouvait le faire parce qu’ils étaient encore tous les quatre dans la maison. Je me suis sentie rassurée parce que Madeleine partait dans son appartement."

Ce témoin pense que l’homme n’a jamais pris au sérieux les alertes lancées par Madeleine Bosly concernant une rupture. "Pour lui, elle reviendrait toujours." Elle a confirmé que Eddy Michel critiquait continuellement Madeleine Bosly.

Lors d’une soirée, les collègues ont évoqué les séparations. Eddy Michel a tenu des propos qui ont choqué les personnes présentes. "Il a dit qu’il fallait qu’elle souffre comme lui. Elle ne refera jamais sa vie. Je souffre, elle doit souffrir, elle ne sera plus jamais heureuse." L’homme se servait de ses enfants pour tenter de faire pression de son ancienne compagne. "Il m’a expliqué que ça l’énervait très très fort que les enfants pleurent après leur maman. Il leur disait vous devez dire à maman de revenir. Il se servait des enfants. Il les mêlait à cela. Il ne devait pas toujours être très tendre devant les enfant au sujet de leur maman. Il l’insultait."

Ce témoin a précisé que Eddy Michel n’appréciait pas que sa compagne boive de l’alcool alors que lui-même avait cette habitude.

Une psychologue qui a vu le couple a expliqué que lors de la rencontre, le couple n'avait cessé de se disputer.

Catherine, 43 ans, la psychologue qui a reçu Eddy Michel et qui s’est confiée à lui concernant ses envies de meurtre ne souhaite pas témoigner en public alors qu'elle avait déjà donné le contenu des confidences d'Eddy Michel lorsqu'elle a té entendue par la juge d'instruction. Le juge a rappelé qu'elle est déliée de son secret professionnel puisqu’elle témoigne devant un juge. "J’aimerai que l’audience soit à huis-clos", a-t-elle expliqué. "Je préférerais ne pas prendre la parole publiquement et m’en tenir à ces propos. Je trouve que compte tenu de ce secret professionnel, je ne tiens pas. Je me sens en contradiction avec cela. Ca relève de la déontologie de mon métier. Je pense l’avoir vraiment dit dans mon témoignage relativement aux faits." 

La défense de Eddy Michel a demandé un huis clos "dans l’intérêt de la manifestation de la vérité."

Le ministère public s'est opposé à cette demande en estimant que les débats devaient être faits de manière publique parce que l'on n'est pas dans un cas qui s'appliquerait à l'article qui à trait au huis-clos et s'est opposé à cette demande. 

La cour rendra sa décision à 14 heures.