Xavier, Dominique et Pierre encourent des peines de travail de 46 heures devant le tribunal correctionnel de Liège pour avoir, en 2019, réalisé des marquages pour les cyclistes dans la rue Hors Château à Liège. Les intéressés, des cyclistes convaincus, membres du GRACQ, le Groupe de recherche et d’action des cyclistes quotidiens, ont décidé de réaliser des marques au sol car ils estimaient que les autorités liégeoises ne réagissaient pas assez rapidement à leurs demandes de mise en place de pistes cyclables dans cette rue qui rejoint la rue du Palais à Liège. 

Dans la nuit du 24 au 25 février, vers minuit, ils ont décidé de dessiner à la peinture blanche et à l’aide de pochoirs, vingt-trois cyclistes et des flèches sur le sol. Ils ont notamment apposé des cyclistes sur les emplacements de bus. Les suspects ont été remarqués grâce aux caméras de surveillance. Ils ont été arrêtés alors qu’ils avaient encore des pots de peinture, mais aussi de la peinture sur leurs vêtements. Entendus, les intéressés ont directement déclaré qu’ils souhaitaient suggérer une bande cyclable. 

Le parquet leur avait proposé de payer une transaction de cent euros de manière à éteindre les poursuites pénales, mais les intéressés ont refusé à deux reprises. Le parquet les a donc poursuivis pour entrave méchante à la circulation et dégradation de bien public. 

Le tribunal les a également invités à comparaitre volontairement pour une législation ayant trait aux graffitis, ce que les prévenus ont accepté. “C’est l’inaction de la ville en ce qui concerne les infrastructures pour les vélo qui nous a poussé à agir”, a indiqué Xavier. Le groupe avait déjà interpellé la ville, mais estimait que les choses ne bougeaient pas. “ Nous avions eu des rencontres avec le pouvoir politique et nous voulions marquer le coup à la suite de l’inaction."

Les prévenus ont expliqué qu'ils avaient réalisé cette opération de nuit pour ne pas déranger la circulation. “Nous voulions faire une action directe, non violente pour faire avancer la question de la mobilité des vélos à Liège.” Ils ont souligné que depuis, cette portion de rue avait été rendue “rue cyclable” par les autorités. “J’habite le quartier depuis de longues années”, a précisé Dominique. “C'est une des rues où il y a le plus d’écoles à Liège. Certains automobilistes roulent à 70 km/h alors que la vitesse y est limitée à 30. Des cyclistes arrivent à contresens. Nous voulions prévenir les autres usagers et je voulais me sentir en sécurité en sortant de la maison. Nous ne sommes pas contre les automobilistes. Nous voulons que l’espace soit partagé.” 

Quant à Pierre, cycliste depuis de longues années et habitant du quartier, il a expliqué avoir commencé à avoir peur quand sa compagne a commencé à faire du vélo. “La sauvagerie de certains conducteurs m’inquiétait parce que ma compagne a commencé à prendre le vélo. J’ai le sentiment d’avoir été utile à la mise en garde sur la sécurisation du quartier. “ Le parquet n’a pas eu la même vision et a estimé que les prévenus avaient mis en oeuvre cette action à leur propre bénéfice au détriment d’autres usagers et pire qu’ils auraient pu mettre en danger certains de ceux-ci. La Défense a plaidé l’acquittement en estimant que ses clients s’étaient retrouvés dans un état de nécessité qui ne leur laissait pas le choix. L’avocat a également plaidé la suspension du prononcé. Le tribunal rendra sa décision dans le courant du début de l’année 2022.