Âgé de 66 ans, Christian Beaupère, le patron de la police locale de Liège, aurait déjà pu partir à la pension depuis quelques années. Mais amoureux de son métier, il a prolongé jusqu’au bout du bout et quittera ses fonctions en mai prochain.

Pourtant, rien ne prédestinait l’enfant qu’il était à embrasser une vie de policier. "En fait, se rappelle-t-il, je suis né au Congo. Mes parents y étaient tous les deux enseignants et j’y ai vécu jusqu’à mes 12 ans. Je suis allé à l’école là-bas. Puis en 1967, mes parents et moi avons quitté le pays pour des raisons de sécurité. Nous sommes venus habiter à Liège."

Le choc a évidemment été rude pour le gamin de Lubumbashi. "Oui, ce n’est rien de le dire. Mais nous habitions dans une petite rue en cul-de-sac et je me suis vite lié avec les autres enfants du quartier. Je leur racontais que j’avais assisté à la campagne électorale de Mobutu, qu’il survolait des quartiers de la ville en hélicoptère et qu’il jetait des T-shirts à son effigie durant le vol ! Ils m’appelaient le Congolais."

Après avoir réussi ses humanités, Christian Beaupère entre à l’Université de Liège pour y entamer des études de médecine. "J’y ferai deux années, sourit-il, mais deux fois la même ! C’est alors que j’ai décidé de me présenter aux examens d’entrée de la police. J’avais un oncle qui était policier et il racontait souvent son métier. C’est là que j’ai su ce que je voulais faire."

S’il réussit haut la main ses examens d’entrée, tout le processus prenait environ un an. "Alors que je n’étais pas encore policier, j’ai entamé des cours du soir pour être commissaire adjoint. Ce n’était pas facile, c’était quatre soirs par semaine et le samedi matin et ce, pendant trois ans. Je suis alors entré à la police en juin 1976 et j’ai été nommé inspecteur principal en 1979, une fois mes examens réussis et après avoir eu l’ancienneté nécessaire."

La machine était lancée et la trajectoire toute tracée et ce, même si le jeune policier n’en avait pas l’ambition. "Oh non, je ne pensais pas du tout à cela. J’ai fait ma vie de policier de terrain et je vivais en peloton comme en famille. C’est à ce moment que j’ai été confronté à la vraie vie. J’ai rencontré de belles personnes, courageuses qui travaillaient avec abnégation. Mais j’ai aussi été confronté à tout ce que l’être humain a de plus sombre. J’ai constaté environ 400 décès, auditionné des voleurs, des violeurs, des meurtriers, des enfants battus. Je me suis alors rendu compte de tout ce qui pouvait se passer dans des maisons, une fois les portes fermées…"

Un appel téléphonique

Et alors qu’il travaillait de nuit et de week-end, il a entamé des études de criminologie à l’ULiège, des études qu’il a brillamment réussies grâce, entre autres, à l’appui de son épouse Anne.

"Elle s’occupait de tout à la maison. Je l’avais rencontrée lors d’un bal de village et nous ne nous sommes plus quittés depuis. Nous avons eu quatre filles et sans elle, je n’y serais jamais arrivé."

Christian Beaupère continue alors son ascension et "quittera" même la police de Liège durant deux ans, pour travailler au ministère de l’Intérieur. "On devait y mettre au point les contrats de sécurité qui, depuis, ont changé de nom pour devenir les plans de prévention." Et c’est alors qu’il était à Bruxelles qu’il a reçu un coup de téléphone qui a changé sa vie professionnelle.

"Allô, c’est Willy Demeyer à l’appareil. J’aimerais vous rencontrer et vous parler de la succession de Jacques Delrée au poste de commissaire en chef de la police de Liège."

Quelque peu abasourdi, Christian Beaupère accepte évidemment de rencontrer celui qui n’était alors pas encore bourgmestre de Liège, mais échevin des Travaux, mais dont on savait aussi qu’il allait succéder à Jean-Maurice Dehousse à la tête de la ville.

"J’étais flatté, parce qu’on ne se connaissait pratiquement pas. Il avait dû prendre ses renseignements et avoir des échos favorables. Le courant est tout de suite passé entre nous et j’ai été nommé à la tête de la police en 2000. Il y avait alors 888 policiers puis 234 gendarmes des brigades de Liège."

Cet amateur de jazz et de batterie n’avait alors que 45 ans et restera donc plus de 20 ans à la tête de la police liégeoise.

Son questionnaire décalé

Christian Beaupère, parlez-nous de votre…

Première cuite ? "J’avais 16 ans, c’était avec les copains du quartier. Je suis resté deux jours au lit !"

Dernière folie ? "Acheter une montre de collection à Naples."

Le pire cauchemar ? "Aller à Koh Lanta et me retrouver face à des serpents. Cela vient de ma vie au Congo où une fois un serpent s’est enroulé autour de ma cheville."

L’objet dont vous ne vous séparez jamais ? "Mon GSM".

Que trouvera-t-on toujours dans votre frigo ? "De la Ciney brune".

Quelle femme (homme) pourrait vous faire craquer ? "Chris Evert Lloyd. Cette joueuse de tennis avait la classe absolue. J’ai même donné son prénom à une de mes filles."

Votre passe-temps favori ? "Je joue de la batterie et je fais partie d’un groupe de jazz. Il nous est même arrivé de donner des concerts !"

Le truc le plus fou que vous avez fait ? "Lors d’un festival Simenon aux Sables d’Olonne, j’ai chanté la petite Gayole avec des amis. On avait pris le car qui nous avait véhiculés et avec des haut-parleurs, on faisait le tour des terrasses pour que tout le monde en profite…"

Quel poster ornait votre chambre ? "Celui de Miles Davis. J’avais aussi un poster d’une Honda 750 Four que j’ai achetée quelques années plus tard."

Le rêve le plus fou ? "Gagner à une tombola et faire le tour du monde avec mon épouse et mes quatre filles."

Quel est votre film culte ? "Les Visiteurs. Je peux le regarder dix fois et rire encore autant. J’aime aussi le film L627. Un film policier sombre mais qui reflète bien le métier qui me passionne depuis toujours."