Des manifestants se sont rassemblés place Saint-Lambert ce vendredi.

Le rendez-vous était fixé à 16 h, place Saint-Lambert, près du petit avion de Tchantchès… auquel on avait confié des boîtes en carton symbolisant des colis d’Alibaba. Mais sur lesquels un tampon indiquait "Retour à l’expéditeur - Alibaba, on n’en veut pas".

Pas de message caché ni de demi-mesure pour la bonne centaine de manifestants présents, qui avaient répondu à l’appel lancé par le collectif Watching Alibaba. Ils étaient en effet là pour dire clairement qu’Alibaba, ce géant chinois de l’e-commerce, ils n’en veulent pas. Tout comme ils refusent d’accueillir à bras ouverts et passivement, tout autre modèle du genre… pour de nombreuses raisons.

"Il est clairement temps de se mobiliser", nous confiait Alan Watterman, porte-parole du mouvement, "car fondamentalement, il y a le fait que ce projet est tout à fait incompatible avec la lutte contre le réchauffement climatique. Il faut savoir qu’Alibaba, c’est 1 500 camions en plus chaque jour sur nos routes, sans parler des vols en augmentation et dont les chiffres sont encore méconnus".

Emplois médiocres ?

Et l’emploi dans tout cela ? À moyen terme, on évoque en effet la création de 800 à 900 emplois. Très mauvais argument estime Alan Watterman, "car on sait que pour tout emploi créé dans l’e-commerce, ce sont 2 à 3 emplois ailleurs qui sont supprimés. Sans parler de la robotisation du travail et des conditions médiocres des emplois dans ce secteur". L’objectif de la manifestation, au sein de laquelle on reconnaissait quelques élus d’Écolo et d’Urbagora, était donc bien de partager un message : "Alibaba n’est pas le modèle de société ni le projet d’avenir que nous voulons".

À noter que le collectif annonce déjà ne pas vouloir s’arrêter là. Une pétition devrait prochainement être lancée et un grand rassemblement est prévu dans le courant du mois de mars. "Nous sommes face à des adversaires puissants. Nous invitons donc tout(e) citoyen (ne), activiste ou association à s’organiser contre ce projet nuisible". Voilà qui est clair…

Alibaba à Liège dès 2021 ?

Le géant chinois de l’e-commerce ouvrira son premier hub logistique d’Europe à LiegeAirport.

Nous l’annoncions fin 2018 : Alibaba, le géant chinois de l’e-commerce, concurrent direct d’Amazon, débarque en Belgique. Et même à Liège… une première européenne, en matière "logistique" du moins puisque c’est un vaste hub logistique, le premier en Europe, qui est appelé à s’installer à Bierset. Et une révolution pour l’aéroport puisque l’enseigne, icône d’un modèle économique en plein essor, n’est pas un petit du secteur. Les perspectives de développement s’annoncent titanesques…

"Dans le permis unique introduit, on parle d’un entrepôt de 33 000 m² ; cela, dans un premier temps", précise Christian Delcourt, porte-parole de Liege Airport. À terme en effet, le géant chinois pourrait développer ses activités sur quelque 110 000 m². "Soyons honnêtes, il va devenir un client majeur à Liege Airport, c’est une arrivée d’une même ampleur que celle de TNT en 1998".

Avec un modèle différent toutefois qui, on s’en réjouit à l’aéroport liégeois, "devrait générer 800 à 900 nouveaux emplois à moyen terme".

Ce modèle de l’e-commerce, concurrence insaisissable du commerce traditionnel, présente en effet cet intérêt de générer une véritable "chaîne" de distribution et d’activités. Et donc des emplois… mais quels emplois ? Le débat éthique fait déjà rage alors qu’Alibaba n’a pas encore posé ses valises à Liège. Toujours est-il que l’investissement annoncé dans cette première phase est de l’ordre de 100 millions.

On s’en doute par ailleurs, l’arrivée de l’enseigne ne se traduira pas qu’en termes d’emplois. Outre l’allongement de la piste secondaire - qui était déjà dans les cartons - une route de contournement doit permettre d’éviter l’échangeur de Loncin, saturé. Dans les cartons de la Région qui plus est, il y a cette nouvelle route entre Crisnée et Bierset, à réaliser pour la quiétude des villages de Fexhe et d’Awans même si d’aucuns y décèlent une croissance inéluctable de l’aéroport, au détriment de la quiétude des riverains justement… L’arrivée d’Alibaba est prévue en 2021…

2000 camions en plus ? "Microscopique par rapport à ce qui passe sur l'autoroute"

Sur la (sensible) question de l’augmentation du trafic des camions, générées par Alibaba, le parte parole ne nie pas les chiffres, mais tempère : “2000 camions par jour, c’est un maximum et à longue échéance, dans 20 ans peut-être”. En outre, le porte-parole précise que focaliser le débat sur cet aspect serait une erreur… “surtout que ce chiffre est, au final, assez microscopique par rapport aux dizaines de milliers de camions qui passent sur l’autoroute à côté. Oui, nous sommes dans une mondialisation du commerce avec ce modèle, il ne faut pas se voiler la face. Mais ce modèle génère de l’activité et de l’emploi”. En outre, rien n’est neuf insiste-t-il. “Et il ne faut pas diaboliser à l’avance un acteur par rapport aux autres. Il représente un investissement majeur qui sera présent sur le long terme, avec des emplois”.