La famille du directeur de l’école libre Maria-Hilf, de Gemmenich, a eu une terrible surprise, lundi matin, en découvrant une affiche collée sur la porte de sa maison. Se présentant comme "un collectif de parents déterminés à protéger leurs enfants de la folie ambiante", les auteurs anonymes s’en sont pris au directeur d’école, Jean-Pierre Lambiet, à propos de l’application de la nouvelle règle de port du masque dès 6 ans (une obligation dont les directions ne sont pas responsables…). Avec cette petite phrase, loin d’être anodine, et d’une menace qui a de quoi faire froid dans le dos: "Nous sommes absolument pacifistes, pour le moment…"

C’était donc lundi matin, avant que Jean-Pierre Lambiet découvre, à son arrivée à l’école Maria-Hilf, des calicots antivax (anti-vaccins), comme il en avait été placardé "dans toutes les écoles de Plombières", nous indique-t-il, ce mardi après-midi, au sortir d’une réunion organisée par la Commune de Plombières ("qui nous soutient tous") avec les représentants de toutes les écoles de l’entité, tous réseaux confondus.

Le directeur de Maria-Hilf revient sur les faits, unanimement qualifiés de "honteux" dans les commentaires au post que son épouse a publié sur Facebook pour les dénoncer. Il recadre aussi la situation, avec des propos apaisants. Car, nous affirme-t-il, "une très large majorité de parents soutient les équipes et les écoles et il faut les féliciter et les remercier de faire confiance aux professionnels. Grâce à ces parents partenaires, qui coopèrent dans le respect, nos enfants se sentent en sécurité".

Plainte déposée à la police

À propos du tract collé sur la façade de son domicile privé, il estime que si "la méthode se veut et se nomme pacifiste", tout en ajoutant "pour le moment…", il s’agit ni plus ni moins "d’intimidation et de vandalisme". Avec une "violation du domicile, chez moi, un lieu en sécurité, une atteinte à la vie privée, à la vie de famille, à mes enfants qui, désormais. ont peur d’ouvrir la porte quand il fait noir et peur de revenir à pied de l’école, alors qu’elles le font depuis des années".

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Résultat: "Une limite a été franchie et une plainte a été déposée à la police. L’état de crise ne peut pas justifier une expression barbare de son opinion. C’est facile de critiquer, en agissant dans l’anonymat et sans proposer de solution."

Idem en ce qui concerne les "11 affiches antivax" placardées à l’école, avec "intrusion sur un site privé et dégradation de vitres. On viole un lieu où on essaye encore d’apprendre aux enfants à vivre en société en développant chez eux la citoyenneté!".

Dialogue et respect

Pourtant, ce matin-là, lundi, au premier jour de l’obligation du masque dès 6 ans, "quelques parents étaient présents avec un calicot et il y a eu une rencontre dans la communication et le dialogue. Ces parents modérés ont pu s’exprimer dans un respect mutuel et ont été entendus et rassurés. Certains d’entre eux étaient contre le fait que leur enfant porte le masque et, au final, l’enfant le mettait quand même. Cette rencontre direction-parents était riche et respectueuse de la forme, dans un sens comme dans l’autre. Il faut le signaler."

Les nouvelles règles de port du masque? "Elles sont là, elles ne sont pas négociables et les directions d’école n’en peuvent rien, rappelle-t-il. Dès que les règles arrivent, qu’elles sont publiées, certains cherchent directement leur incohérence et commencent alors un combat qui divise".

Pourtant, "les écoles restent ouvertes, avec une mesure qui le permet. C’est une chance car les dégâts suite aux fermetures de classes, d’école ou confinements sont énormes sur le plan pédagogique".

La règle et l’esprit de la règle

Et puis, tient-il à préciser, la circulaire laisse certaines latitudes. Comme faire des pauses, même en classe, pour le port du masque. Exemple: "Quand il y a une dictée et que les élèves n’ont pas à parler, il est possible qu’ils enlèvent leur masque. Soyons créatifs. Le tout est de placer le curseur au bon endroit, dans la communication et l’écoute de chacun. Bien sûr qu’on ne va pas maltraiter les enfants. Nous agissons en bons pères de famille."

«Des temps difficiles pour tous»

Estimant (espérant?) que l’intimidation placardée chez lui est un acte isolé, Jean-Pierre Lambiet lance un appel: "Plus que jamais en ces temps difficiles pour tous les secteurs, toutes les familles mais aussi les équipes éducatives et les directions d’école, il faut être soudés, se rassembler. Sinon, on va vers une division, une scission et ce n’est souhaitable pour personne en temps de crise. Il ne faut pas confondre les décideurs politiques qui font avec les moyens dont ils disposent, dans le but d’éviter une surcharge en soins de santé tout en gardant les écoles ouvertes, et les personnes de terrain qui en font de même. Il faut essayer de se mettre à la place de tout le monde: les politiques, les scientifiques, les personnes de terrain. Entendre l’autre et le comprendre, éviter de mettre un climat de peur et d’insécurité dans les écoles en se soutenant, parents et acteurs de l’école. On est face à un problème qui va durer encore un moment et, à aucun moment, le manque de respect et la violence ne peuvent entraver ce combat qui nous concerne tous: les petits comme les grands… Tout est dans la nuance, dans la façon de s’exprimer."