La Ville de Liège et la Ville de Paris organisent un prix littéraire, dénommé « Prix littéraire Paris-Liège ». Doté de 10 000 euros, ce prix récompense annuellement le meilleur essai original portant sur les sciences humaines, écrit en langue française et publié au cours de l’année qui précède celle de la remise du prix.
Le jury du Prix littéraire Paris-Liège réunit les Belges Laurence Bouquiaux, Robert Neys, Marie-Anne Lorgé et les Français Michel Delon, Françoise Py, Hermano Sanches Ruivo et Véronique Verdier repré-sentant la Maire de Paris. Cette année, la présidence est belge et est assurée par Daniel Giovannangeli. Cinq finalistes avaient été sélectionnés par les membres du jury lors de leur première délibération à Paris le 7 septembre. A l’issue de leur seconde délibération le 16 septembre, le Prix a été attribué à Richard Rechtman pour son ouvrage «La vie ordinaire des génocidaires» aux éditions CNRS.
Le Prix sera remis à Richard Rechtman, ce vendredi 24 septembre à 18h à La Boverie, lors d’un apéro littéraire. Réservation obligatoire à lectures@liege.be ou au 04 238 51 59
Anthropologue et psychiatre, directeur d’études à l’EHESS, Richard Rechtman a beaucoup travaillé auprès des ressortissants du Cambodge. Son livre Les Vivantes (2013) est né de l’ écoute des souffrances des victimes. Il a également coécrit avec Didier Fassin L’empire du traumatisme (2007). L’analyse minutieuse des récits de réfugiés et d’anciens tortionnaires lui ont par ailleurs permis d’éclairer l’intentionnalité génocidaire à l’origine du livre primé.
"Paris, 2015 : le terrorisme djihadiste touche massivement la capitale française et fait près de 150 morts. Pour qualifier les auteurs de ces meurtres, on parle tantôt d’hommes radicalisés soumis à une idéologie, tantôt d’hommes médiocres, « banaux », qui ne font qu’obéir aux ordres, tantôt de monstres assoiffés de sang. Comme pour les tueurs de masse des plus grands crimes de l’histoire contemporaine, on se demande sans cesse qui sont ces hommes capables de tuer ainsi à la chaîne. Qu’éprouvent-ils dans leur conscience ? Ne ressentent-ils pas l’horreur de leurs actes ? N’ont-ils pas de la compassion pour leurs victimes ? Pour Richard Rechtman, ce ne sont pas les idéologies qui tuent, mais bien les hommes. Ceux-ci s’en chargent avec une grande facilité, et tuent simplement comme d’autres vont au travail. Ce livre effectue une véritable descente dans la vie ordinaire des petits exécutants, des génocidaires. Il sonde le quotidien dans lequel les hommes s’accommodent d’exécuter chaque jour des dizaines d’individus. Il montre que ce n’est pas le fait de tuer qui occupe l’essentiel de leurs pensées, mais plus simplement leur vie quotidienne. Ils tuent comme ils s’attelleraient à n’importe quel métier, c’est-à-dire de façon ordinaire. Car ce ne sont pas les plus motivés ou les plus sadiques, ni même les plus endoctrinés, qui tuent avec une telle facilité, ce sont avant tout les hommes les plus disponibles. L’objet de ce livre n’est donc pas de savoir qui sont ces exécuteurs ni au nom de quoi ils tuent, mais de montrer comment dans certains contextes, exécuter d’autres hommes constitue la vie ordinaire de tueurs anonymes."
Extrait de https://www.cnrseditions.fr/catalogue/sciences-politiques-et-sociologie/la-vie-ordi-naire-des-genocidaires/