Liège

Ils l’ont brûlé aux parties et au visage avec un briquet qui résiste aux tempêtes

Ce mardi, la cour d’assises a entendu l’audition d’Alexandre Hart concernant la mort de Valentin. L'accusé a fait le récit de cette nuit d’horreur qui glace le sang, sans aucune émotion apparente. "On a commencé à faire des gages", a débuté l’accusé.

"Dorian a pris un couteau et l’a mis sous la gorge de Valentin. C’était par rapport à sa soeur. Pour moi, c’était plus un jeu. Valentin a commencé à pleurer. Il ne voulait pas se masturber et donc on a continué à le menacer au couteau."

Valentin s’est exécuté. Dorian ne cessait de dire : "Qui m’a balancé demandait Dorian. Je ne me suis pas posé plus de questions que ça de la raison pour laquelle il disait cela."

Alexandre Hart a déclaré qu’il ne savait pas qui avait commencé à frapper en premier. En tous les cas, la victime a été plusieurs fois attachée avec des menottes. "Mais quand on a vu que ça ne réagissait pas plus que cela, je crois que c’est ce qui a déclenché. On lui a porté des coups de poing, de pied, à la tempe et au visage, dans le ventre, les côtes et dans le dos. Il a perdu plusieurs fois connaissance. J’étais souvent en retrait. Je les motivais et je les incitais." Alexandre Hart a continué à raconter sur un ton monocorde. "Je disais des bêtes phrases. Je leur disais, tu vois quand tu veux, tu peux le faire sans moi. Je leur disais aussi de se faire plaisir. Je leur avais dit de se faire confiance. Je ne pense pas avoir réalisé la gravité des faits. Je n’ai pas eu envie de leur dire d’arrêter. Pour moi, ils réglaient chacun leurs comptes." Alexandre Hart a prétendu qu’au début, il pensait qu’après une série de coups, ils arrêteraient.

"J'avais envie de faire mal"

"J’ai dit à Loïck que Valentin était homosexuel, il m’avait toujours dit qu’il n’aimait pas les gays. Une fois la phrase dite, Loïck est monté tout de suite." Valentin a été coupé avec un couteau, mais aussi une lame de barbier. "Je sais qu’il a eu des coupures superficielles avec un couteau, mais je ne sais pas si on a utilisé un rasoir de barbier. Je n’en n’ai pas le souvenir. Ça n’aurait jamais dû finir comme cela."

La grand-mère de Valentin et sa mère ont téléphoné sur son GSM. Les protagonistes ont tenté de se faire passer pour d'autres personnes pour rassurer les proches. "Il pleurait, on ne voulait pas que sa grand-mère l’entende. Je ne me souvenais pas qu’on l’avait obligé à s’introduire un bic dans l’anus. Je me souviens de la bouteille, mais pas du bic dans l’anus. Je pense que c’est Killian qui lui a imposé. Je dois avouer que sur le moment même, j’ai trouvé cela amusant. C’est une connerie. Je ne sais même pas pourquoi on a fait cela. Je trouverais cela plutôt humiliant. Je ne sais pas comment il réagissait. On l’a obligé à se masturber." Valentin a été menacé d’un couteau pendant toute la soirée. L’accusé a poursuivi son récit sans jamais montrer aucune émotion. "Il y a eu l’écrasement des parties génitales. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait cela. Je peux imaginer que ça fait mal. J’avais envie de faire mal. Je me suis trop laissé emporter."

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Un récit qui a amené la maman de Valentin à sortir de la salle tant les faits avoués sont cruels. "A aucun moment, je ne me suis pas mis à sa place", a poursuivi Alexandre Hart. Les agresseurs lui ont fait croire à une arrestation par la police, une agression par des Albanais, mais aussi un meurtre commis avec une arme à feu entre les protagonistes. "Il a demandé pourquoi on était en train de faire cela. Il a dit qu’il était un enfant dans sa tête. Belinda Donnay lui a demandé assez méchamment, mais tu as quel âge ?"

Ils l'ont attaché à une barrière. "J’ai donné des coups de pied dans la barrière. Je lui ai mis des coups de pied et de poing et je lui ai demandé pourquoi il m’avait dénoncé. Je crois que j’ai pété un plomb. Je voulais savoir pourquoi il m’avait mené dans toutes ces histoires lorsqu’il m’avait dénoncé. J’y pensais même plus que souvent. Il m’a dénoncé à la police alors que je n’avais rien à voir avec les coups qu’il a subi ce soir-là. Ça n’expliquait pas pourquoi on est allé si loin non plus. J’ai mis des coups avec la barrière pour lui faire mal."

"On lui a brûlé le visage et les parties génitales"

Valentin a eu les yeux collés par du sparadrap. "Avec Killian, on l’a balancé au dessus de la Meuse pour lui faire peur. On s’est dit qu’en le droguant assez fort, il ne se souviendrait peut-être pas de ce qu’il s’était passé. Il a demandé plusieurs fois à retourner chez lui. Il avait des difficultés à marcher. Il y a eu de nouveau des scènes de coups et il a perdu connaissance. Dorian a dit 'C’est une scène de barbarie et c’est vrai. C’était très violent. Il perdait connaissance de plus en plus vite, donc on lui a brûlé le visage avec un briquet tempête. On se demandait si il vivait encore. Je lui ai enlevé le pantalon. Je lui ai brûlé les poils des jambes. Il retirait à chaque fois sa jambe. Monsieur Masson a brûlé ses parties génitales puis on lui a brûlé le visage. Il suppliait. Il avait comme une cloque au visage. Il y avait deux centimètres entre la flamme et sa peau. Un moment dans la soirée, j’ai dit à Killian de se faire plaisir. Valentin s’est reculé, il est tombé sur le côté, on s’est mis à genou sur lui. On a utilisé une latte de clic clac pour le frapper."

Les agresseurs l’avaient menotté dans le dos pour l’empêcher de se défendre. "Belinda a préparé des frites et des fricadelles. Elle a porté un coup de poing à Valentin parce qu’il criait. Une fricadelle est tombée au sol, je l’ai jetée dans le cendrier. Belinda a eu l’idée de lui faire manger. On l’a obligé à la manger et le reste des frites trop salées. Il ne voulait pas ouvrir la bouche, on l’a menacé et il a ouvert lui-même la bouche."

"Il fallait soit le tuer, soit l'abandonner"

Ensuite, ils ont posé à côté du garçon torturé à qui ils avaient placé des lunettes de soleil. "Il avait un sparadrap sur les yeux et des lunettes vertes. On lui a mis un mégot dans chaque narine et des capsules dans la bouche pliées en deux pour que ça fasse plus mal. On lui a porté des coups. Je ne sais pas qui, mais j’ai participé. On a tous fait une photo alors que l’on avait mis une cagoule. Je ne me rappelle pas d’avoir eu de la satisfaction." A un moment donné, les agresseurs se sont dit qu’ils devaient en finir avec Valentin. "Quand on s’est dit qu’on était allés trop loin, on s’est dit qu’il fallait trouver autre chose. On ne pouvait plus le laisser partir tout seul. Il fallait soit le tuer ou l’abandonner. Si on l’abandonnait, on allait le retrouver. On voulait l’abandonner dans un bois. On n’a pas trouvé de solution concrète à laquelle on voulait tous adhérer. On voulait lui faire peur et ne plus revenir avec lui dans l’appartement."

Selon l’accusé, ils n’avaient pas encore pensé qu’ils allaient tuer Valentin lorsqu’ils ont quitté pour la seconde fois l’appartement. "On lui mis des coups de pied pour ne plus qu’il courre, pour le faire boiter un peu plus. On lui a mis des coups de pied dans les côtes pour ne pas qu’il respire. On lui a écrasé le visage au sol parce qu’en se débattant, il avait sali le training de Killian. Quand j’ai vu qu’il courait vers le pont Père Pire, je lui ai fait un croche-pied pour qu’il tombe. Une voiture est passée et on s’est accroupis pour ne pas attirer l’attention."

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Valentin a supplié pour qu'on le laisse vivre

Alexandre Hart a continué son récit de l’horreur. Il n’a montré aucune émotion tout le long de son interrogatoire. Il a alors expliqué comment ils en étaient arrivés à précipiter Valentin vivant avec les mains attachées dans le dos dans les eaux glacées de la Meuse. Même si il avait eu les mains libres, l’accusé savait qu’il ne pourrait s’en sortir vivant puisqu’il a admis qu’il était au courant que Valentin ne savait pas nager.

"Il a supplié. Il a demandé qu’on le laisse vivre. Il n’y a que deux personnes qui étaient d’accord de le jeter dans l'eau, moi et Mme Donnay. Les autres n’étaient pas fort d’accord, mais ils n’ont rien fait pour nous en empêcher."

Alexandre Hart a expliqué la scène de la mise à mort toujours de manière neutre. Une froideur qui a glacé la salle d'audience. "Il a résisté à la fin, il faisait aller son corps en arrière. Il fallait que Belinda m'aide, c’était très difficile. On le soutenait de part et d’autre. Il était menotté. Je ne me souviens pas si il avait un bâillon. Arrivés au bord de l’eau, j’ai tenté de le pousser, j’étais déterminé à ne pas faire de prison. Il a opposé énormément de résistance. Je ne sais pas si c’est lui qui s’est dit tant pis ou si c’est Belinda qui m’a aidé. Mais c’est parti tout seul. J’ai entendu comme une pierre qui tombait dans l’eau. Depuis, je ne suis plus retourné là bas. Je n’ai pas entendu qu’il criait. Je n’ai rien dit. On est retourné à l’appartement."

Après les faits, ils se sont débarrassés des meubles et ont repeint les murs pour cacher les traces de sang. Après ce récit horrible, la présidente a décidé de lever l’audience jusqu’à mercredi.