Liège

Les experts ont estimé que la pathologie de Killian Wilmet est déjà d’origine génétique et que pour lui, l’autre n’existe pas

La cour d’assises a entendu le Dr Charles, psychiatre, et la psychologue Audrey Laterza à propos de l’analyse psychiatrique de Killian Wilmet qui était mineur au moment des faits. Il a un QI de 79 et possède une personnalité particulièrement inquiétante. 

Il est apparu que la nuit de son décès, Valentin s’est retrouvé entre présence de deux bourreaux psychopathes. Alexandre Hart pour lequel l’autre existe, mais de manière utilitaire, et Wilmet pour qui l’autre n’existe pas. 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la personnalité de Killian Wilmet est effrayante et laisse peu de place pour une vie future harmonieuse en société, même dans l’avenir lointain. Il est diagnostiqué psychopathe sadique. 

Ses parents se sont séparés alors qu’il avait 10 ans. Son père a été condamné à 10 ans de prison pour vols. Il a été renvoyé de l’école où il suivait une formation professionnelle pour s’y être présenté avec une arme. La scolarité du jeune homme a été chaotique. Il est décrit par ses proches comme gentil et poli mais livré à lui-même. Il a donné une toute autre image à l’extérieur où il est apparu comme difficile, refusant de travailler, arrogant, perturbateur et manquant de respect. 

Il a agressé également plusieurs élèves. Sur sa tablette, les enquêteurs ont trouvé des vidéos représentant des scènes de bagarres, de sexe et de consommation de drogue.

Il avait 16 ans au moment des faits mais le tribunal de la jeunesse s’est dessaisi en estimant qu’aucune mesure éducative n’était envisageable. Le tribunal de la jeunesse a relevé par décision du 28 août 2018 que toutes les tentatives de travail d’introspection se sont avérées vaines. En effet, il s’est montré violent, incapable de gérer sa frustration et de se remettre en question. Il a fait montre d’une grande froideur émotionnelle et a été incapable d’empathie. Killian Wilmet est qualifié d’arrogant, agressif et injurieux avec d’autres jeunes placés et les éducateurs. 

Il a aussi participé à la prise en otage d’une éducatrice. Il a provoqué une commotion cérébrale à un éducateur venu à la rescousse de la dame. "Il montre un retard des apprentissages et un trouble des conduites important", ont déclaré les experts. "Il se caractérise par la recherche de satisfaction immédiate du plaisir et un risque d’explosion de violence en réponse à une frustration."

Aucune empathie 

Le jeune homme a pourtant une notion claire du bien et du mal. "Son empathie est limitée et il présente une froideur émotionnelle. Il présente une psychopathie paranoïaque et des traits sadiques. Il n’a aucune conscience de l’autre." 

Pour les experts, le jeune homme peut détruire l’autre sans aucun affect. "Pour lui, l’autre n’existe pas. Il n’a pas de capacité d’empathie envers l’autre." 

Ce problème ne viendrait pas de son vécu, mais serait bien plus profond. "L’élément génétique est prédominant ici. On a constaté qu’il y a des altérations qui sont arrivées très précocement. La capacité d’empathie est parfois génétiquement déterminée. On sait que certaines compétences ou incompétences sont génétiques. C’est le cas ici." 

Les deux experts sont très sceptiques quant à sa capacité à vivre de manière harmonieuse en société. "L’humaniste va vous dire que je suis contre la peine de mort", a expliqué l’expert. "Le scientifique que je suis va vous dire qu’il y a peu de chance d’espoir de changement." 

L’autre expert a eu la même vision. "Il ne s’agit pas ici de condamner qui que ce soit, de dire que ce ne sera pas possible, mais la photographie faite au moment du testing, montre qu’il y a peu d’espoir de changement. Etant donné le peu de ressources et la rigidité du profil présent, il est illusoire de penser qu’il va y avoir une infime possibilité d’évolution. Au niveau interne, de notre point de vue, il est peu plausible que cela puisse évoluer." 

Les experts ont épinglé le non-respect des règles, la violence, la mise en danger, la faible maîtrise de soi, l’impulsivité, le recours à la manipulation, la perversité, le narcissisme et l’absence d’empathie dans le chef de Killian Wilmet. "La participation aux faits apparaît constituer une occasion pour décharger ses pulsions agressives et sadiques." 

Ils ont relevé que Killian Wilmet s’était montré très actif dans le volet humiliations sexuelles et brûlures de Valentin. Il a filmé certaines scènes. Ces comportements sont liés selon la psychologue à une pulsion sadique. Elle évoque une dangerosité importante et un risque de récidive élevé sans la moindre chance d’évolution favorable ou de prise en charge malgré son jeune âge. 

La victime s'est retrouvée piégée. "Valentin s'est retrouvé entre les deux pôles de la psychopathie réunis. Un où Valentin est un objet pour assouvir ses passions et l’autre pour lequel il n’existe pas", a relevé Me Wilmotte à la partie civile. "C’est inquiétant, cela permet de comprendre certaines choses. Il faut relever qu’il a une parfaite capacité à fonctionner seul." 

Me Van de Wijngaert et Me Mercier, à la défense, ont espéré que la peine qui serait prononcée à l’encontre de leur client serait une peine "porteuse d’espoir. On peut qualifier sa personnalité d’inquiétante, mais cela ne fait pas ipso facto de lui un assassin."