Liège

Les experts estiment qu’il y a peu d’espoir d’amélioration franche de sa personnalité même à long terme.

Les jurés ont entendu la psychologue Audrey Laterza et Michel-Henri Martin, psychiatre.

Les thérapeutes ont dressé un portrait particulièrement noir d'Alexandre Hart et ont peu d’espoir quant à un changement possible de sa personnalité. Ils ont estimé que le jeune homme est psychopathe. Ils ont également souligné son attitude déconcertante face à des faits d’une gravité extrême."Il a un sourire permanent, une sorte de rictus", a souligné le docteur Martin. "Il a eu parfois un rire incongru en parlant des faits. Il n’a pas de mentalisation, tout est dans l'immédiat. Il est le résultat du décalage flagrant entre la désinvolture souriante affichée et la tension agressive perceptible. Il revient toujours à son sourire qu’il utilise comme un masque. Il présente une certaine étrangeté. Il peut fixer l’interlocuteur longtemps. C’était déjà le cas lorsqu’il était jeune et cela a été relevé par les intervenants."

Le jeune homme met mal à l’aise et il semble y prendre une certaine satisfaction. "Il ne dit rien spontanément et apporte une réponse immédiate, sans temps de réflexion ou dit qu’il ne se souvent pas."

Selon ces experts, Alexandre Hart a pour habitude de maîtriser, mépriser et n’hésite pas à donner une version puis une autre s"il pense que cela peut faire plaisir à son interlocuteur. "Il a une intelligence basique, mais vive. Il ne présente pas de retard mental. Il est incapable de conserver la trace des perceptions et des projets."

Alexandre Hart a expliqué que son père était violent et humiliant lorsqu’il avait des mauvaises performances. Son frère parle de fessées lorsqu’il se comportait mal. Sa mère était par contre très aimante et Alexandre Hart a précisé que cela lui permettait de la "manipuler."

Pour le jeune homme "la famille est importante mais insécurisante." Ils ont estimé qu’il présentait un problème majeur dans sa personnalité et ce dès son plus jeune-âge. "Il est dans une dynamique de clivage. Dès l’adolescence, on a constaté une dérive pré-psychotique. On a constaté des traits pathologiques précoces. Il a des carences intellectuelles. Il peut prendre la mesure de ses actes. Il a des pulsions agressives, parfois explosives. Il y a une forme d’identification à l’agresseur. Il est dans un mode de relation qui peut prendre une allure paranoïaque. L’autre étant toujours dangereux à ses yeux. Il a des traits pervers sadiques et une tendance à la réduction de l’autre à l’état d’objet. "

"Des pulsions agressives, parfois explosives"

Le jeune homme est considéré comme psychopathe. "Il présente un score de 28 sur 40 sur l’échelle de psychopathie de Hare. Selon Hare, le seuil de psychopathie est 30 aux USA, en Europe, il est envisagé à 26." Les experts ont souligné qu’il avait: "des pulsions agressives, parfois explosives, il a des traits pervers sadiques. Il présente une dangerosité structurelle. Il présente un pronostic extrêmement péjoratif."

Avec les femmes, il a des relations utilitaires. " Les femmes sont soit rejetées ou il veut qu’elles s’accrochent à lui très fort. Il a une tendance nette à vouloir s’affirmer sur le versant narcissique." Il a déclaré que Valentin était comme lui quand il était jeune. Il l'a qualifié "d'ami."

Alexandre Hart a un QI de 75, il n’est pas débile et selon les docteurs, il est responsable de ses actes. "Il ne présente pas de trouble mental qui le rende incapable du contrôle de ses actes. Il présente une dangerosité structurelle et une personnalité psychopathique. C’est une construction. Il pourrait peut-être atténuer certains des angles de cette personnalité fort chargée vers l’agressivité, mais on voit mal comment il pourrait agir de manière normale. L’autre est utilisé."

"Il prend du plaisir à faire souffrir"

Selon les psychologues, il prend "du plaisir à faire souffrir. Il a une certaine emprise sur les autres protagonistes qu’il a amenés vers où il voulait. Il pourrait les avoir amenés par une forme de jeu vers le sadisme. Il a gardé le contrôle jusqu’à la mort. Il présente une absence d’empathie. Il a des comportements de mise en danger d’autrui et lui-même. Le risque de récidive et la dangerosité particulièrement importante."

Le psychiatre Martin a estimé qu’il "a un besoin de toute-puissance. Il se met dans la position haute et les autres sont au service de cela. Il utilise les autres pour aboutir au résultat. La faiblesse de la victime a été prise comme un faire-valoir."

Par rapport aux autres protagonistes, les experts ont estimé qu'il a été content d’emmener les autres là où il le voulait. Toutefois, les autres protagonistes avaient toute latitude pour ne pas commettre les faits. "Ils avaient un intérêt à se regrouper pour dominer. Alexandre Hart a un pouvoir." Mais selon l’avocate générale, Pascale Schils, "cette emprise ne les empêchait pas de dire non. »

Alexandre Hart aurait été sous médication au moment des faits, mais Belinda Donnay a déclaré qu’il ne prenait pas ses médicaments. "Son problème ne se règle pas avec les médicaments, mais les médicaments atténuent les pulsions", a déclaré le psychiatre.

"Alexandre Hart était un bébé colérique. C'était un enfant hyperactif, il avait des troubles de l'attention et difficultés scolaires." Des personnes à l'époque ont remarqué qu'il s'imaginait "être dans un jeu vidéo et devenait très violent avec les professeurs." Il s'est infligé de l'automutilation et a adopté des conduites dangereuses. Le jeune homme est présenté comme colérique.

"Il a frappé un autre élève qu'il voulait éliminer parce qu'il était intello et premier de classe. Il faisait preuve d'une haine sans aucune censure. Il a menacé avec un cutter. Il était arrivé soul le matin à l'école."

Il avait aussi amené une corde et un pistolet à plomb. "Lors d'un accident avec une tronçonneuse, il a blessé son frère au visage. Son frère ne lui en tient pas rigueur. Si on ne le regarde pas, il pense qu'on ne l'aime pas. C'est sans doute pour cette raison qu'il fixe les gens. Il a dit qu'il prenait énormément plaisir à commettre de sales coups et dit qu'il n'est pas trop aimé par son père. Il dit qu'il est facile de se séparer de lui parce qu'il ne s'accroche pas."

L'expert a estimé que ses traits de personnalité empêchent un travail thérapeutique avant longtemps. "Il ne faut jamais dire que l'on doit jeter quelqu'un à Lantin jusqu'à la fin de ses jours. On ne peut pas présumer de cela. Il y a un exemple connu d'une personne en prison à vie qui est devenu un héros grâce aux circonstances de la guerre. Est-ce que les héros ne sont pas parfois les psychopathes ?"

Pour Me Alexandre Wilmotte, la partie civile, Alexandre Hart reconnait tout "dans le but qu'on l'oublie et que l'on ne pose pas trop de questions. Il est dans une stratégie de duperie. pas un mot de considération pour la victime. Il dit qu'il assume. Rien n'a changé par rapport à la victime."

Me Molders-Pierre à la défense, " Il faut résister à une position de désespoir."