Les parties au procès sont scandalisées par une fuite d’une bande diffusée à huis-clos.

Ce vendredi, l’audience de la cour d’assises de Liège a repris par un incident d'audience concernant le fait que des bandes son du calvaire de Valentin ont été diffusées sur Bel-RTL.

Pour rappel, la cour d’assises de Liège juge actuellement Belinda Donnay 22 ans, Alexandre Hart, 22 ans, Dorian Daniels, 22 ans, Loïck Masson, 23 ans et Killian, 18 ans de poursuivis pour les tortures, la séquestration, des coups, des viols et de l’assassinat de Valentin Vermeesch dans la nuit du 26 au 26 en mars 2017 à Huy.

Ce jeudi, l’enregistrement du calvaire de Valentin a été diffusé aux jurés à huis-clos pour protéger l’honneur de la victime. Alors que la diffusion venait de se terminer, un avocat a entendu que la bande son de cette vidéo était diffusée sur les ondes de Bel-RTL. RTL-TVI avait également prévu de diffuser des images lors de son JT, mais l’avocat de la partie civile, prévenu de cette diffusion, a écrit directement à la rédaction.

L'avocat leur a signalé que si des images étaient diffusées, des poursuites seraient directement engagée à son encontre.

Me Jean-Dominique Franchimont qui défend Belinda Donnay a pris la parole. "Rarement dans les annales de la cour d’assises. C’est insupportable."

Me Alexandre Wilmotte qui défend les parties civiles a expliqué qu’il avait été informé de cette prochaine diffusion alors qu’il était interrogé par le journaliste de RTL-TVI. "Les journalistes possédaient les images. En ce qui me concerne, j’ai directement écrit que je ferais immédiatement un procès au nom de la famille de Valentin. Un petit malin a donné cette vidéo. Je trouve cela scandaleux. Ils ont renoncé à diffuser les images. Je ne savais pas qu’il y avait eu des diffusions de son, je le regrette très fortement."

La défense de Alexandre Hart a ensuite pris la parole. "Je trouve un peu paradoxal de demander un huis clos et de commenter ce qu’il s’est dit en audience", a déclaré Me Renaud Molders-Pierre en attaquant la partie civile qui a expliqué qu'elle n'avait pas donné des éléments précis de ce qui avait été diffusé. "Ce n’était pas un enregistrement fait ici, car la qualité audio était meilleure que celle qui était diffusée dans les casques."

Au départ, avec Me Sophie Gorlé, ils avaient décider de rédiger des conclusions pour demander de renvoyer l’affaire à une autre session. "La sérénité des débats peut être atteinte", a poursuivi Me Molders-Pierre. "La nuit porte conseil. Les conclusions de Me Gorlé ne seront pas déposées. Ce n’est pas une menace, mais si de tels événements se produisent, il faudra tous ensemble de se poser la question de la sérénité des débats."

Le parquet général a eu la même analyse. "C’est regrettable. Il y a des fuites, c’est impossible de savoir qui en est l’auteur car les journalistes ont le secret de sources. On le déplore dans la plupart des dossiers d’assises. C’est d’autant plus regrettable dans ce dossier parce que c’était pour protéger la victime. La déontologie de la presse pose véritablement problème dans ce dossier." Elle s’est ensuite adressé aux jurés : "Vous êtes impartiaux, il n’y a pas de raison de douter."


Le CDJ interpellé

Le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) a reçu plusieurs interpellations vendredi après la diffusion jeudi soir sur Bel RTL du son du calvaire enduré par Valentin Vermeesch, confirme sa secrétaire générale Muriel Hanot. "Une interpellation n'entraîne pas une ouverture de dossier, contrairement à une plainte", précise-t-elle. Le son des vidéos du calvaire enduré par Valentin Vermeesch, qui avaient été diffusées à huis clos jeudi devant la cour d'assises de Liège, a été diffusé ensuite sur les ondes de Bel RTL. Ce qui a suscité un débat à l'entame de l'audience de la cour vendredi matin, les avocats de la défense et des parties civiles exprimant tour à tour leur indignation.

Avocats.be a annoncé évaluer lundi la possibilité de déposer plainte auprès du CDJ.

De son côté, l'Association des journalistes professionnels (AJP) précise qu'"il appartient aux journalistes de réfléchir sereinement à l'intérêt de diffuser une info (son, image), et de prendre en compte toutes les précautions relatives notamment au respect de la dignité humaine et des victimes". Elle rappelle également la compétence du CDJ pour l'introduction d'une plainte.