Liège

Me Wilmotte estime que chacun des accusés est coupable de l’assassinat de la victime

La cour d’assises de Liège a repris par les répliques aux plaidoiries et au réquisitoire concernant la culpabilité des accusés. Pour rappel, Alexandre Hart, Belinda Donnay, Dorian Daniels, Loïck Masson et Killian Wilmet doivent répondre de coups et blessures prémédités, de traitements inhumains, de tortures, d’attentats à la pudeur, de viol et de l’assassinat de Valentin Vermeesch dans la nuit du 26 au 27 mars 2017 à Huy. 

Me Alexandre Wilmotte et Audrey Lamy assurent la défense des parties civiles. Pour Me Wilmotte, tous les accusés sont coupables de tous les faits mis à leur charge, mais aussi de l’assassinat de Valentin. "Un jeune homme de 18 ans est mort dans des conditions atroces et il ne faut pas l’oublier", a débuté l’avocat. "Je n’ai pas l’intention de me moquer ni de Monsieur Hart, ni des autres accusés parce que je les respecte. Même si eux n’ont aucun respect ni pour la vie humaine, ni pour Valentin, ni pour sa famille au vu de leur attitude." 

La stratégie d'Alexandre Hart

Me Wilmotte a décortiqué les plaidoiries de chacun des avocats. "Monsieur Hart se sur-culpabiliserait pour attirer l’attention sur lui. La réalité c’est qu’à certains moments, il est obligé de dire la vérité. " Il a évoqué les aveux concernant les tortures sur des animaux. "On retrouve un crâne et des ossements dans sa chambre. Dorian Daniels a parlé du fait qu’il torturait des animaux, mais pas seulement. Des experts ont aussi évoqué le fait qu’il torturait des animaux. Je me fonde sur les experts." Selon la partie civile, Alexandre Hart veut faire passer Belinda Donnay pour l’instigatrice. "C’est une stratégie dans laquelle il essaye de diluer sa responsabilité. Il cherche à passer en dessous de Belinda Donnay et lui refiler la première place. Je ne suis pas dupe. Prenez garde, si on n’y regarde pas à deux fois, on peut se laisser à voir." 

L’avocat des parents estime que la défense demande de regarder la vidéo des faits parce que Monsieur Hart ne joue pas un rôle très actif sur ce qui a été filmé. "Mais n’oubliez pas la scène barbare qui n’a pas été filmée et où il tient un rôle important. Il fait comme pendant les faits, il entraîne les autres dans son monde. Il essaye de diluer sa responsabilité, c’est de la simple stratégie pour la suite." Me Wilmotte a rappelé qu’Alexandre Hart n’avait eu aucun mot pour Valentin ou sa famille. "Quand il formule des excuses après trois semaines de procès à la demande de son avocat, ce ne sont pas des regrets sincères." 

L’homme de loi a souligné l’argumentation selon laquelle les avocats d’Alexandre Hart auraient pu contester la préméditation. "Excusez-moi, si vous avez des arguments, plaidez-les, sinon vos clients seront mal défendus. Quand on l’attache à la barrière, quand on lui met des capsules dans la bouche, c’est parce que l’on a réfléchi à la manière de le frapper. Donc c’est prémédité." Il a évoqué le cas de Belinda Donnay et rappelé ses paroles enregistrées dans la vidéo.

"Allez-y les gars, lâchez-vous !"

 "Lâchez-vous les gars, je vous soutiens à 100 % dira Mme Donnay. On tente de minimiser sa responsabilité. La musique plus fort, on ne sait pas si c’est pour que l’on n’entende pas les cris de Valentin… Elle était dans un état de contrainte psychologique et physique car Alexandre Hart lui aurait demandé trois fois de jeter Valentin dans l’eau. La vérité est tout autre, dans la vidéo, on l’entend très bien, la Belinda qui n’aurait pas la maîtrise. Allez-y les gars, lâchez-vous ! Les experts ont souligné que le fait de rester dans cette situation est un choix. Il n’y avait aucune contrainte physique, ni psychologique. Tous auraient pu modifier le cours des choses individuellement et ensemble. Si vous trouvez qu’elle est co-auteur de meurtre, je pourrais comprendre, plaide Me Franchimont. Voilà un avis objectif. Elle amène Valentin jusqu’à l’eau. Elle pose des actes préalables, des actes qui ont servi à affaiblir la victime. Selon Killian Wilmet, Valentin ne savait plus marcher tout seul. La décision de le jeter a été vite prise. Vu qu’il est menotté, Alexandre le tient aux bras et Belinda le tient aux pieds. Dorian Daniels a expliqué qu’après avoir balancé Valentin, Alexandre Hart et Belinda Donnay sont fiers. Belinda Donnay a dit que c’était la seule solution." 

"Ils sont tous dedans, tous les 5 !"

Dorian Daniels est aussi coupable d’assassinat selon la partie civile. "Il a choisi de ne pas arrêter le processus. Il a participé. Il a tout fait, tortures, viol, mais pas le meurtre. Ah ça non ! Dans tout ce processus, l’assassinat, on n’en veut pas. Logique, c’est la prévention la plus grave." L’avocat de la partie civile a estimé que les protagonistes avaient tous contribué à l'issue fatale. "Ils sont tous dedans, tous les 5. C’est la présence de chacun d’entre-eux qui a fait la force du groupe. Ils ont empêché la victime de s’enfuir, déforcé les capacités et coopéré à l’infraction. Ils ont tous participé à tout ce qui a conduit à cette fin. Leurs comportements successifs à chacun d’entre-eux a renforcé Monsieur Hart dans sa détermination et déforcé Valentin dans sa résistance. Ils ont utilisé le briquet tempête pour voir si il était toujours vivant. Ils avaient déjà bien accepté le risque de mort. Cette scène, la scène finale, dans cette soirée constitue un tout indissociable. Tout le monde et d’accord de dire que la mise à mort est la conséquence de tout ce qu’il s’est passé avant. Ils tentent de dissocier pour des raisons utilitaires. Leur présence et leur paroles contribuant à un effet de groupe." 

L’avocat a évoqué une décision concernant un autre fait avec un groupe dans lequel les magistrats professionnels ont tranché un dossier similaire. "Ils savaient. Ils étaient tous unis par une même intention délictueuse et par leurs agissements, ils ont directement coopéré à l’infraction de meurtre. Sans la part prise par chacun, l’infraction n’aurait pas été commise. Les accusés reconnaissent encore que Valentin a été contraint de boire de la bière et fumer un joint pur ce qui était déjà de nature à le rendre plus vulnérable." 

Pour la partie civile, la préméditation est établie non seulement par les menaces de mort, le faux meurtre, mais aussi le fait que Killian Wilmet l’a avoué. "Il a expliqué lors de la reconstitution qu’ils étaient revenus en bord de Meuse pour le jeter !" 

Il tire une dernière preuve du fait que lorsque Valentin a été jeté dans l’eau, aucun n’a bougé, aucun n’a appelé les secours. "On vous a dit, nous sommes venus assumer. Rien n’est plus faux. Vous êtes venus essayer de sauver votre peau, en contestant tous la réalité de ce qu’il s’est passé et le fait que cette soirée, c’est un fil continu. Vous essayez de l’arrêter au moment qui vous intéresse. La mort de Valentin, je n’ai rien à voir avec ça. On va bientôt nous dire qu’il s’est suicidé. Vous êtes tous coupables. Vous devez tous porter cela. Ils ont tous participé et renforcé Hart et Donnay dans leurs actions."