Le phosphore est un nutriment essentiel pour les organismes vivants, notamment dans les processus de croissance. Indispensable dans l’agriculture, il est utilisé comme engrais, mais aussi comme additif pour l’agroalimentaire ou des applications industrielles. Ressource limitée sur Terre, le phosphore est pourtant fortement gaspillé.

Constatant que les boues d’épuration sont la première source de phosphore, l’Université de Liège a mis au point le démonstrateur Pulse (Phosphorus ULiège Sludge Extraction), soit un dispositif pilote préindustriel permettant de récupérer le phosphore à partir de boues séchées directement issues du traitement des eaux usées. Cet équipement, basé sur un procédé chimique unique d’extraction, est actuellement opérationnel au sein de la station d’épuration de l’AIDE à Oupeye.

Ainsi, à partir de 400 kg de boues déshydratées puis séchées, le démonstrateur Pulse récupère environ 12 kg de produit enrichi en phosphore, "dépourvu de métaux lourds via tout un processus de filtration, et pouvant être recyclés comme engrais dans l’agriculture dans le respect des législations en vigueur", explique le Professeur Angélique Léonard, présidente de l’Unité de recherche Chemical Engineering, Faculté des sciences appliquées de l’ULiège, et coresponsable du projet.

Un projet européen

Le dispositif mis au point par l’ULiège s’inscrit dans le cadre du projet européen Phos4You. Un projet Interreg rassemblant douze partenaires de la zone North-West Europe et la Suisse (universités, entreprises…), dans le but d’élaborer différents projets de recyclage et de valorisation du phosphore, selon les situations territoriales.

"On estime le potentiel des eaux usées à 113 000 tonnes de phosphore par an, ce qui pourrait couvrir 26 % de la demande en phosphore minéral dans le Nord-Ouest de l’Europe", soutient le Professeur.

"L’assainissement des eaux usées répond à un enjeu majeur pour notre avenir qu’est l’économie circulaire", commente Jean-Luc Martin, président du Comité de direction de la Société publique de gestion de l’eau (SPGE). "Actuellement, 250 000 tonnes de boues sont récupérées sur le territoire wallon dans les eaux usées dont 70 % partent dans l’agriculture. L’objectif serait de recycler les 30 % restant".

La mise au point de Pulse représente un investissement de 1,5 million d’euros, financé à 60 % par le programme Interreg, 30 % par la Wallonie et 10 % par l’ULiège. Prochainement, sans doute en mai, il sera transféré vers une station d’épuration des eaux usées en Ecosse, chez d’autres partenaires du projet.