Liège Un resto liégeois innove. L’addition est offerte aux plus petits, s’ils ne font pas de bêtises.

La Sirena 2 Glons, à Bassenge, est assurément un restaurant à part. Pas tant par sa cuisine, qui mise sur les grands classiques de l’Italie, pizzas en tête, mais bien par sa direction qui fourmille d’idées. "On a repris le restaurant il y a dix mois, avec mon cousin", explique Gianni Di Vincenzo. "On s’est dit qu’il fallait se démarquer. On avait déjà eu les honneurs de la presse lorsque la ministre Marie-Martine Schyns était venue participer à un atelier pizza à destination des enfants."

C’est à nouveau via une action à destination des plus jeunes que le restaurant attire l’attention. D’un genre un peu différent, il faut en convenir, puisque les deux associés ont décidé de jouer les saint Nicolas avant l’heure en offrant le repas aux enfants… s’ils restent bien sages à table.

"Notre but n’est pas de punir les enfants, mais au contraire de les récompenser. Soyons clairs, nous n’allons pas jouer aux gendarmes ou éduquer les enfants à la place des parents. Le but est d’offrir le repas à tous, sauf s’ils font vraiment une grosse bêtise. Nous avons décidé de mettre cette action en place car nous avons déjà eu l’un ou l’autre souci. Une fois, en plein service, alors que nous avons une salle de 70 couverts, des enfants se sont amusés à boucher les deux toilettes avec du papier et d’autres choses. C’est plutôt gênant de devoir se passer de sanitaires quand le resto est plein."

S’ils assurent qu’ils seront conciliants, ils veulent aussi faire passer un message aux parents. "Quand les enfants font des bêtises et que les parents laissent faire sans broncher, il n’est pas facile, en commerce, de faire une remarque ou de gronder les enfants. C’est cela que nous voulons faire comprendre, avec ce petit plus de la gratuité en guise de récompense."

Et Gianni de se montrer rassurant. "Nous pensons que tous les enfants sont sages. D’ailleurs, au moins 95 % n’auront aucun problème à bénéficier de notre offre. Ce n’est qu’en cas de grave bêtise, comme s’amuser à boucher les toilettes, casser l’aquarium ou jeter un verre à la tête d’un client par exemple, que nous nous montrerons plus fermes."

L’action démarrera le 1er novembre et sera valable du lundi au jeudi. Au choix, les enfants (sages, cela va sans dire) pourront se régaler d’un plat de pâtes ou d’une pizza.

"Ce n’est pas une bonne idée"

Selon le président de section restaurants d’Horeca Bruxelles, cela suppose que les enfants ne sont pas sages.

Philippe Trine, président de la section restaurants de la fédération Horeca Bruxelles est pour le moins surpris de l’initiative prise par ce restaurateur liégeois. "Certes, ce restaurateur gère son établissement comme il veut s’il estime que les enfants ne sont pas sages. Mais c’est quoi la définition d’un enfant sage ? Un petit qui ne bouge pas de sa chaise, qui ne parle pas ? Franchement, je ne trouve pas que ce soit une bonne idée. En proposant cette action, il part du principe que les enfants ne sont pas sages, ce n’est pas un message très positif. Moi, si je devais me rendre au restaurant et que je constate que la gratuité offerte au repas de mon enfant est conditionnée par le fait qu’il soit sage à table, je préfère aller chez le voisin. C’est certainement tout aussi bon. Comment déterminer le degré de sagesse d’un enfant ? Si le restaurateur établit ses propres critères, ça risque d’être compliqué…"

Pour Philippe Trine, un restaurant, c’est avant tout un lieu d’accueil, ouvert à tous, et donc aussi aux familles et aux enfants. "Tout le monde est le bienvenu. On n’a jamais mis quelqu’un dehors, sauf bien sûr s’il perturbe la clientèle avec un comportement totalement inapproprié, comme un état d’ébriété manifeste. Alors oui, peut-être que certains enfants ne sont pas sages, mais ce n’est pas une raison pour le dire."

Preuve que les enfants sont d’ailleurs plutôt les bienvenus au resto, Philippe Trine souligne que la majorité des établissements proposent des menus ou plats enfants. "Et lorsque ce n’est pas le cas ou tout simplement parce que l’offre destinée aux enfants ne vous plaît pas, vous pouvez toujours demander une assiette vide et partager un plat entre deux enfants ou le vôtre avec un petit. Sincèrement, cela se passe toujours très bien et nous n’abordons d’ailleurs jamais la problématique des enfants au resto lors de nos assemblées générales. Je n’ai jamais eu de retours négatifs par rapport à la plus jeune clientèle."

Et de souligner que les enfants ne sont d’ailleurs pas la source de nuisances la plus importante. "Les adultes aussi peuvent parfois déranger les tables voisines. Surtout les groupes, et pas forcément les plus jeunes. Une grande tablée de pensionnés, parfois un peu dures de la feuille, peuvent aussi parler fort et le restaurateur est alors en droit de leur demander de faire un peu moins de bruit."