Roger Claessen a toujours été l’emblème du Standard, remarque Christian Piot, son partenaire au Standard. "C’était un joueur exceptionnel et intelligent qui aurait eu sa place dans le football actuel tant son jeu était moderne."

Né le 27 septembre 1941 à Warsage, Roger-la-Honte s’éteindra quarante et un ans plus tard, après avoir vécu à du 200 à l’heure et, peut-être un peu trop, profité de la vie. "J’ai toujours vécu comme je l’avais désiré, je n’ai rien à regretter puisque je suis poète et que les poètes ne meurent jamais", disait-il.

Ses premiers pas balle au pied, il les effectuera en cadets à l’Étoile Dalhem. Puis l’aventure rouche débutera. La future idole des terrils liégeois est aussi douée des deux pieds que de la tête. Passionné de lettres grecques et latines, il convaincra les dirigeants du Standard de le faire signer chez eux à l’âge de 14 ans. Pour la coquette somme de 300 000 francs belges !

Durant sa décennie de vie avec le groupe liégeois (1958-68), il enfilera les buts (161 en 229 matchs), empochant deux titres de champion et deux Coupes nationales. " Roger Claessen, c’est l’incarnation d’une équipe liégeoise physique et volontaire", indique notre confrère Christian Hubert, auteur de l’ouvrage Roger-la-Honte. "C’était un enfant du terroir et son public lui pardonnait tout. Pour lui, l’argent ne comptait pas. Il s’amusait d’ailleurs à le gaspiller assez stupidement car il disait qu’il se dépensait assez sur le terrain pour pouvoir s’amuser."

Ses écarts, ses virées dans le Carré liégeois (ou à l’étranger lors de joutes européennes où il marquera 22 buts en 29 matchs) et ses conquêtes féminines sont, en effet, aussi connus et légendaires que ses assauts des buts adverses.

Diable rouge

Il en faisait voir de toutes les couleurs, notamment, à Michel Pavic, un entraîneur qui tentait de le traquer dans ses nombreux repaires. "Mais on lui pardonnait tout", poursuit Léon Semmeling, son ami d’enfance, avec qui il effectuait les navettes entre Visé et Sclessin. "Car le peuple se retrouvait en lui. Tout ce qu’il faisait était naturel. Il jouissait d’une popularité exceptionnelle et tous les joueurs le respectaient. Il avait un côté si attachant."

International belge à 17 reprises (7 buts inscrits), Roger-la-Honte aurait pu faire une carrière plus exceptionnelle et plus en rapport avec son immense talent. Mais suspensions et renvois l’en avaient privé. Physique, technicité, sens du but, bon timing, jeu de tête au-dessus de la moyenne, détente verticale impressionnante… caractérisaient ce garçon attachant et joueur fair-play qui quitta le matricule 16 pour Aachen, où il était fréquent de voir débarquer près de 5 000 fans liégeois ! "Là est mon seul regret, j’ai quitté Sclessin bien trop tôt."

Après des passages au Beerschot, au Crossing de Schaerbeek (avec Gérard Sulon), à Bas-Oha (avec Henri Depireux), Roger-la-Foudre s’instituait même entraîneur adjoint des jeunes du Standard et ouvrait deux cafés : Au Centre-Avant et Le Havre du Poète.

"J’ai failli être un grand joueur", titrait-il dans la préface de Standard La Furia. Mais, s’il s’éteignait en Outremeuse, emporté par un foudroyant cocktail d’alcool et de valium le 2 octobre 1982, les fans rouches ne l’ont jamais oublié.

Comme en témoigne son titre de Joueur du siècle des Rouches. Avec cette frasque, pardon cette fresque, présente sur l’enceinte même du stade, Roger-la-Honte veille, depuis le 16 octobre 2004, sur son stade de Sclessin. Quels plus bels hommage et reconnaissance de son immense talent pouvaient lui être rendus ?

Un parcours exemplaire

1941 : Naissance le 27 septembre à Warsage.

Clubs : Étoile Dalhem, Standard (1958-68, 229 matchs, 161 buts), Alemania Aachen (1968-70), Beerschot (1970-72), Crossing Club Schaerbeek (1972-74), Bas-Oha (1974-76), Saint-Vith et Queue-du-Bois.

Palmarès : Champion de Belgique (61 et 63), vice-champion de Belgique (62 et 65) ainsi que vainqueur de la Coupe de Belgique (67 et 68) avec le Standard. Vainqueur de la Coupe de Belgique (1971) avec le Beerschot.

Équipe nationale : 17 matchs, 7 buts (1961-68). Débuts le 20 mai 1961 contre la Suisse. Malgré son 1er but, la Belgique s’était inclinée 2-1.

1968 : Sacré meilleur buteur du championnat de Belgique, ex aequo avec Paul Van Himst. Il avait marqué 20 buts.

1982 : Décédé le 3 octobre.