Le dossier à charge du groupe Jost est-il entré dans sa phase finale ? On est en droit de le croire au vu de la transaction pénale qui semble agréer le transporteur routier et le parquet fédéral en charge de ce dossier de fraude sociale et de blanchiment d’argent.

Le montant de l’amende ? 30 millions selon plusieurs informations concordantes. Une “paille” pour Jost group dont le chiffre d’affaires est dix fois supérieur et qui est accusé depuis des années de pratiquer allègrement le dumping social.

Un montant d’autant plus “acceptable” pour le transporteur que le parquet fédéral, en son temps, faisait état d’un actif illégal de 55 millions d’euros. Le préjudice était alors estimé à près de 65 millions d’euros, avec 45 millions d’euros de rémunérations non payées aux travailleurs et 20 millions d’euros de cotisations sociales éludées. Le dossier faisait également état de 947 victimes de traite des êtres humains. Ceci dit récupérer 30 millions à coup sûr, n’est pas négligeable à comparer à un procès long et aléatoire.

4 personnes en prison

Entamée en 2015, l’enquête avait connu son point d’orgue en 2017 avec l’interpellation de Roland Jost et de trois autres administrateurs du groupe Jost. Les quatre personnes étaient placées sous mandat d’arrêt durant quelques jours.

La justice leur reprochait d’avoir mis en place une fraude sociale gigantesque en utilisant des camions immatriculés en Slovaquie et en Roumanie, alors que les transports étaient réellement organisés depuis la Belgique. Le personnel était payé aux barèmes roumain ou slovaque alors que selon la justice de notre pays, c’est le barème belge, bien supérieur qui devait s’appliquer. Bref, un cas supposé de dumping social à grande ampleur.

Avec le paiement d’une telle transaction, Jost Group fait aveu de culpabilité. Reste du coup au groupe à modifier son mode de fonctionnement sous peine de voir les enquêteurs revenir à la charge…

Notons que l’accord entre Jost Group et le parquet ne vise que la société et non les administrateurs. Cet accord doit en outre être validé par la chambre du conseil de Liège. Une audience est prévue en décembre.

Pas réglé le problème

"Si cette transaction devait se confirmer, ce serait un aveu de fraude", commente Roberto Parrillo, responsable général transport & logistique CSC-Transcom. "En effet, c’est la reconnaissance d’un dumping social, ce que la CSC-Transcom dénonce depuis des années. Cela signifierait clairement que nous avions raison depuis le début : la CSC-Transcom a toujours été à la pointe du combat contre le dumping social tant au niveau national qu’au niveau européen".

Et le syndicaliste de se poser des questions sur le montant: "Est-ce que 30 millions, cela couvre réellement le préjudice subi ? Rien n’est moins sûr. Et au-delà de la somme, on doit s’interroger sur la portée de la transaction. Est-ce la fin du dumping social ou alors une prime au dumping social ? On parle ici d’une affaire qui remonte à 2015. Mais quid des faits dénoncés par la suite ? Quid du dumping social qui gangrène l’ensemble du secteur ? Et dans ce dossier, il était également question de traite d’êtres humains, qu’en est-il de ce volet ? Il y a bien des questions en suspens… qu’une telle transaction ne règlera pas."

A ce titre, la CSC-Transcom rappelle que le dossier Jost est la partie émergée de l’iceberg. La CSC-Transcom réclame depuis longtemps des mesures efficaces tant le secteur est miné par le dumping social. "Avec cette transaction, on n’a pas réglé le problème du dumping social. Nous attendons avec impatience la décision du tribunal de Liège".