Les ministres germanophone et wallon se disputent la tutelle sur la société de logement social Nosbau.

Le ministre compétent de Wallonie Pierre-Yves Dermagne et son homologue germanophone Antonis Antoniadis s’affrontent sur l’exercice de la tutelle de Nosbau, en prévision de la scission de cette intercommunale du logement social dans l’arrondissement de Verviers. Mais ce n’est peut-être que du show, ou un paravent derrière lequel se développe une possible O.P.A. socialiste sur le logement social à l’est de la province de Liège.

La société coopérative y gère 1 700 logements comptant 5 000 occupants. Elle pèse 220 millions d’euros. Fleuron bi-communautaire, elle regroupe 9 communes, soit 5 germanophones et 4 francophones (voir les notes). Les partenaires du bassin de vie voulaient poursuivre leur coopération malgré le transfert, par la Région wallonne, de la compétence logement à la Communauté germanophone. Il sera effectif au 1er janvier 2020.

Les gouvernements en ont décidé autrement en imposant la scission de Nosbau au mépris de l’autonomie communale. Dans la pratique, l’opération est retardée, notamment par sa complexité : comment partager le patrimoine et les actifs et repartir sur de nouvelles bases de part et d’autre de la frontière linguistique ?

D’innombrables questions juridiques englobant aussi la garantie des droits des locataires sont encore en suspens à un peu plus d’un mois de la scission. Et politiquement, tout peut encore basculer.

Le conseil d’administration de l’intercommunale Nosbau qui ne se réunirait qu’en février 2020 pourrait encore refuser de se faire hara-kiri. Pour déjouer la scission et tenter d’imposer aux gouvernements un accord de coopération pour une tutelle déléguée, voire bi-communautaire, comme cela existe pour des institutions semblables dans la région de Bruxelles-Capitale et comme elle a été esquissée par le bureau de conseil juridique Elegis.

Un commissaire spécial

Une telle rébellion mais aussi, même sans cela, l’hypothèque, dès le début 2020, que représentent la transition et la dispute entre les ministres Dermagne et Antoniadis sur la tutelle transitoire, accréditent un autre scénario dans lequel Nosbau serait prise en main par un commissaire spécial. Certains acteurs initiés redoutent ou, au contraire, envisagent un tel scénario qui aurait pour but un remembrement du logement social dans l’arrondissement de Verviers au profit de l’agglomération lainière.

À défaut de rester unis à leurs partenaires germanophones et en raison de la prohibition wallonne d’un stay alone, les communes francophones de Nosbau ont en effet opté pour une intégration dans le Foyer malmédien au grand dam de Logivesdre qui se verrait bien renflouée par l’arrivée des quatre communes.

La solution verviétoise est défendue au nom d’une solidarité rurale-urbaine. Elle est combattue par le MR qui craint un coup de force socialiste et la mainmise de cette famille politique sur une de ses chasses gardées de prédilection. À l’est, la famille socialiste a d’ailleurs déjà envoyé un de ses représentants à la tête de la société de logement social de l’Eifel, appelée à fusionner avec le reliquat germanophone de Nosbau.

Les deux excellences socialistes ont tout en main. Ils doivent se rencontrer dans les prochains jours.

Note : Nosbau regroupe actuellement 4 communes germanophones (Eupen, La Calamine, Raeren et Lontzen, 1 150 logements) et 5 communes francophones (Welkenraedt, Plombières, Baelen, Thimister-Clermont et Aubel, 550 logements).

Öffentlicher Wohnungsbau Eifel regroupe 4 communes du canton de Saint-Vith.

Le Foyer malmédien couvre Malmedy, Stavelot, Waimes, Trois-Ponts, Stoumont et Lierneux.

Logivesdre est l’intercommunale de la région de Verviers s’étendant jusqu’à Spa et Herve.