Voici une semaine que Frédéric et un ami sont entrés sans autorisation dans l’ancienne piscine de l’Évêché à Liège, rue des Prémontrés, qu’ils squattent depuis.

Abandonné depuis 2005, le site est appelé à connaître une reconversion urbaine. Le Grand Séminaire voudrait le vendre au constructeur Thomas & Piron pour qu’il puisse y construire une tour d’appartements de luxe. Longtemps contesté, notamment par l’ASBL Urbagora, le projet est aujourd’hui bloqué, notamment pour des raisons de sol pollué, et le bâtiment vide.

En février dernier, Frédéric contacte l’Évêché pour une occupation temporaire, sous forme de convention. "Ensuite le confinement est arrivé, et on n’a plus eu de nouvelles." La période est difficile pour cet artiste de rue. Sans le statut d’artiste "on souffre, il est compliqué de vivre de nos activités". En quête d’une solution de logement et d’un lieu pour exprimer son art, "on a choisi de s’installer dans ce lieu inoccupé temporairement", explique le squatteur qui voit dans ce vaste lieu la possibilité d’utiliser l’endroit comme espace de création pour développer des projets artistiques multidisciplinaires (théâtre itinérant pour enfants, conte vidéo, danse…), sous la bannière du collectif "Sous l’océan", "et être prêt pour l’après-confinement". "Pour l’instant nous sommes deux à dormir ici. Deux autres nous rejoignent en journée. On n’a ni eau ni électricité. Depuis notre installation, on a déjà fait quelques réparations."

Par cette occupation, le collectif souhaite aussi faire prendre conscience de la valeur architecturale du site et du poumon vert qu’il représente pour la ville avec ses nombreux arbres.

Un appel au dialogue

Le souhait du collectif ? Occuper les lieux le temps de son inoccupation, via toujours un système de convention. "On souhaite un dialogue avec l’Évêché pour trouver un terrain d’entente", exprime l’artiste. Une demande de rencontre a d’ailleurs été envoyée auprès du vicaire général Éric De Beukelaer.

Contacté par nos soins, ce dernier nous dit vouloir poursuivre le projet initial de tour imaginé avec le promoteur. "Dans une période à court terme, une réflexion est en cours avec la Ville de Liège dans le cadre du plan Grand froid pour accueillir des SDF cet hiver dans le hall sportif". Impossible donc pour le vicaire de laisser le bâtiment occupé par des squatteurs, "à moins qu’ils ne prennent part au projet". Par ailleurs, "nous ne sommes pas contents de la manière de faire de ce collectif qui a changé le barillet. On leur demande dans un premier temps de remettre l’ancien pour que l’on puisse à nouveau entrer sur notre propriété", fustige celui qui se dit toutefois ouvert à entrer en dialogue avec eux, de sorte à trouver un arrangement, comme un déménagement vers un autre lieu. De son côté, le collectif se dit déjà prêt à soutenir l’accueil de SDF si cela devenait effectif. "On peut servir de support pour les aider, proposer des ateliers…"