Cela fait vingt ans désormais qu’Antoine Saffo, un Libanais d’origine âgé de 64 ans, exerce la profession de libraire. Et le moins que l’on puisse écrire est qu’alors que la situation du secteur était déjà compliquée, la crise du Covid-19 n’a rien arrangé.

Que du contraire même si l’on en croit le gérant de deux librairies liégeoises, à savoir celle dite du Cèdre intégrée à l’Université de Liège et celle du Sart Tilman. Cette dernière, voisine du campus estudiantin, a quant à elle été reprise par Antoine Saffo et son épouse il y a 13 ans.

"Nous n’avons jamais vécu pareille situation", souligne, presque résigné, ce dernier, face à la librairie du Sart Tilman. C’est qu’il a vécu comme un coup de massue le premier Conseil national de sécurité du 12 mars et la décision prise le lendemain de ne pas rouvrir l’ULiège.

"Je ne suis pas près d’oublier ce vendredi 13 mars". Et si les libraires avaient le droit de rester ouverts, au vu de l’absence de rentrées, Antoine Saffo a décidé de fermer ses portes. Lesquelles ont seulement été rouvertes début mai lorsque le confinement a été progressivement levé.

Mais depuis lors, le gérant fait grise mine et dit afficher un chiffre d’affaires de… 70 % inférieur à la normale. De quoi donc le décourager, lui qui est pourtant assez proche de la pension mais a encore deux enfants aux études. Et ce d’autant plus que cet été n’a rien arrangé.

"Nous ne voyons pas vraiment le bout du tunnel", déplore Antoine Saffo, lequel assure que si rien ne change à la rentrée de septembre, il devra mettre la clé sous la porte. Ce libraire liégeois dit attendre beaucoup de la rentrée universitaire ainsi que d’un retour au travail.

En effet, outre sa proximité avec le campus du Sart Tilman, ses librairies ont aussi la particularité, comme d’ailleurs d’autres commerces avoisinants, de dépendre des entreprises du Liège Science Park. Lesquelles ont pour l’essentiel généralisé le recours au télétravail.

"On sent également que la peur perdure chez les clients qui ne s’arrêtent plus ou se dépêchent d’acheter ce qui les intéresse". Au bout du rouleau, malgré les quelques aides qui lui ont été octroyés, le gérant espère que la crise n’aura pas raison de lui.