Depuis que l’Ourthe est ici canalisée, soit depuis 1905, date de l’Exposition universelle à Liège, le rêve de ceux qui scrutent cet impétueux cours d’eau est d’en extraire l’énergie. Comme le constate cependant Niels Duchesne, administrateur délégué de Merytherm qui gère la concession de la nouvelle centrale hydroélectrique, les contraintes liées à une telle entreprise sont nombreuses et ont toujours eu raison de cette ambition.

Ce 27 janvier 2021 toutefois, après plusieurs années de réflexion et de travail, une station hydro-électrique a donc enfin vu le jour au lieu-dit les Grosses Battes. Cette station produira 4.400.000 kWh/an, soit la consommation annuelle de près de 1.300 ménages ; électricité verte et durable donc, directement réinjectée dans le réseau.

"C’est en 2008 que l’appel a été lancé par la Sofico", explique Niels Duchesne, "et c’est ce projet coopératif qui a été retenu". Les parts de la centrale sont en effet détenues à 50 % par 10 coopératives représentant quelque 15 000 coopérateurs, le reste étant détenu par des sociétés dont Merytherm (à 30 %).

"La solution proposée avec cette centrale présente en fait plusieurs avantages", poursuit le concessionnaire "tout d’abord, les turbines sont totalement immergées et sont donc inaudibles. Ensuite, c’est une centrale qui n’a pas d’impact sur la faune marine". En outre, une gestion des nombreux déchets présents sur l’Ourthe est assurée (lire-ci après), ce qui permet précisément à la centrale des Grosses Battes de fonctionner de manière optimale, en évitant les contraintes "naturelles".

18 centrales

Du côté de la Sofico, on se réjouit de l’aboutissement du dossier, qui représente un maillon important d’une politique plus vaste. "Nous sommes en effet le pouvoir concédant ces chutes d’eau et avec cette centrale, nous avons déjà concédé 8 sites, en Haute-Meuse, en Basse-Sambre et sur l’Ourthe", explique Héloïse Winandy, porte-parole de la Sofico Dans ces trois cours d’eau, l’objectif est d’atteindre 18 centrales hydroélectriques - une prochaine sera d’ailleurs inaugurée à Chanxhe (Sprimont) d’ici peu tandis qu’une troisième est appelée à voir le jour à Fêchereux (Esneux), toutes deux sur l’Ourthe donc ; ces trois centrales auront une capacité de 7,5 millions kWh/an, soit l’équivalent de la consommation annuelle de plus de 2 100 ménages.

Au total, la capacité de ces 18 centrales atteindra une production de 80 millions kWh/an, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 23 000 ménages ; 12 centrales devraient être opérationnelles d’ici la fin de l’année 2021, précise encore la Sofico…

Gestion des poissons... et des déchets

La centrale des Grosses Battes n’est pas “durable” que par son énergie.

Ce qui a fait la différence dans ce dossier, retenu par la Sofico, ce n’est pas “que” le caractère durable de l’énergie directement “pompée” dans le lit de l’Ourthe. À plusieurs égards en effet, la centrale inaugurée ce 27 janvier se veut respectueuse de son environnement. Cela se traduit notamment par la présence d’une échelle à poissons située contre la centrale. Elle vient en complément d’une autre échelle du genre, installé en rive gauche.

“Outre le fait que les turbines laissent passer les poissons à la descente, l’échelle à poissons permet à ceux-ci de remonter la rivière”, précise Niels Duchesne. Ici, plusieurs dizaines d’espèces sont observées comme la carpe, la truite, le gardon mais aussi… le saumon. Ces derniers sont capturés afin de devenir des géniteurs et ainsi participer au repeuplement en saumons du bassin de l’Ourthe-Amblève, notamment.

En amont de la centrale par ailleurs, un étrange barrage a aussi fait son apparition… “il s’agit d’un barrage flottant”, précise encore Niels Duchesne, “dont l’objectif est de récupérer les déchets flottants”. Des branches mortes (mais pas seulement) qui, de par le caractère “tempétueux” de l’Ourthe, sont très nombreuses ici et susceptibles d’enrayer la machine. “Il faut savoir que la moyenne du débit est de 50 m3 par seconde mais en hiver, cela peut monter à 900 m3 par seconde”. Même canalisée, l’Ourthe reste imprévisible, raison pour laquelle l’installation des Grosses Battes devait être remarquable…

Depuis le toit végétal de la nouvelle centrale, c’est toute l’énergie de cette rivière qu’on peut désormais appréhender.