La Jalhaytoise était accusée d'avoir défenestré un homme

Le tribunal correctionnel de Verviers a acquitté lundi une Jalhaytoise de 28 ans poursuivie pour l'homicide involontaire d'un quadragénaire hébergé tout comme elle par une amie à Verviers. La victime avait chuté, en avril 2017, du deuxième étage de l'immeuble. La prévenue avait nié avant d'avouer l'avoir poussé. Elle s'était rapidement rétractée. Elle a passé 22 mois en détention préventive avant d'être acquittée des faits par le tribunal. 

Le 5 avril 2017 en milieu d'après-midi, un individu avait chuté par une fenêtre située au 2e étage d'un immeuble de la rue des Raines, dans le quartier historique de Verviers. La victime était décédée quatre heures plus tard à l'hôpital des suites de ses blessures. Les enquêteurs avaient découvert la présence d'une femme somnolente dans la pièce d'où le quadragénaire, dealer et consommateur de drogue, avait chuté. La victime et la prévenue étaient hébergés depuis quelques jours par une amie qui occupait cet appartement, propriété de son compagnon à l'époque incarcéré. Tous trois avaient consommé ensemble 20 grammes de cocaïne dans les heures qui avaient précédé les faits.

Interrogée, la suspecte avait expliqué qu'elle dormait lorsque le quadragénaire avait chuté. Elle n'avait dès lors pas été inculpée. Mais, deux mois après, elle s'était présentée à la police et s'était dénoncée. Elle avait alors été placée sous mandat d'arrêt pour meurtre le 15 juin 2017.

La Jalhaytoise avait expliqué avoir agi de la sorte car l'homme s'était montré très entreprenant envers elle. Sous l'influence de la drogue, elle avait "pété un plomb" et poussé l'individu dans le dos alors qu'il se trouvait devant la fenêtre ouverte. "Mais mon intention n'était pas de le tuer", avait-elle déclaré aux enquêteurs.

Comparaissant cinq jours plus tard en chambre du conseil, elle s'était rétractée expliquant avoir été menacée par sa logeuse qu'elle accusait à son tour d'avoir commis le meurtre. Elle avait campé sur ses postions lors de leur confrontation et avait à nouveau déclaré qu'elle dormait au moment des faits, les résultats des analyses toxicologiques tendant à confirmer cet état de somnolence.

Selon sa logeuse, le mobile pourrait être la jalousie. Elle déclare avoir entendu des cris de dispute avant la chute. Elle parle aussi d'une pièce en désordre lorsqu'elle était rentrée dans l'appartement. Une gamine de 9 ans, témoin oculaire des faits, évoque, 21 mois après la chute, une dispute entre la victime, qui fumait, et la prévenue. Elle raconte que l'homme a été poussé mais elle ne sait déterminer l'auteur.

L'expert en biomécanique, requis par le juge d'instruction, rapporte "le caractère probable d'une intervention d'une tierce personne avec poussée dans le dos" bien que le corps ait été déplacé par les ambulanciers intervenus comme cela a été précisé lors de la reconstitution. Malgré cet élément neuf, l'expert maintiendra ses conclusions.

Par deux fois, la prévenue passera, elle, au détecteur de mensonge et le résultat sera à chaque fois "non concluant", ne permettant dès lors pas d'exclure qu'elle dit la vérité. D'autant que cette auto-dénonciation était motivée par le fait que la prévenue ne se sentait "pas capable de rester à l'extérieur". "Ça me fait du bien d'être en prison. Je ne pense plus à boire et à me droguer", avait-elle déclaré aux experts corroborant un témoignage similaire.

Le tribunal a dès lors estimé, au regard de ces différents éléments, que les aveux ou le rapport de l'expert en biomécanique humaine ne pouvaient à eux seuls asseoir à suffisance la culpabilité de la prévenue. La dispute préalable et le mobile de la jalousie n'ont pu être corroborés par des éléments objectifs du dossier. Le témoignage oculaire de la gamine n'a pas été confirmé par les éléments matériels évoqués.

Le tribunal a donc acquitté la Jalhaytoise de la prévention de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, n'écartant pas le comportement imprudent du prévenu, lui aussi dans un état second au moment des faits, voire une pulsion suicidaire.