Le ministère public a requis jeudi, devant le tribunal correctionnel d'Eupen, 15 ans de prison à l'encontre d'un trentenaire accusé de 388 préventions relatives à des "sextorsions", commise sur internet, au préjudice d'une quarantaine d'adolescentes. Dans son réquisitoire, le parquet est longuement revenu sur les nombreux faits reprochés au prévenu : viol, agression sexuelle, traitements inhumains, outrage aux bonnes mœurs, extorsion et chantage, détention et diffusion d'images à caractère pédopornographique sur internet, voyeurisme et menace.

L'habitant de Bullange était aussi poursuivi pour avoir abusé des moyens de communication mis à sa disposition par son employeur. C'est d'ailleurs sur son lieu de travail, à Eupen, que le prévenu a été interpellé en septembre 2016.

Le trentenaire "avait créé un faux profil, en falsifiant son âge, afin d'entrer en contact avec des adolescentes. Il leur demandait de lui envoyer des photos, dans des positions de plus en plus suggestives. Lorsqu'elles refusaient, il les menaçait de diffuser les images qu'il avait déjà obtenues", a exposé la procureure du Roi. L'homme avait également exigé de ses victimes qu'elles se pénètrent avec différents objets, tout en se prenant en photo ou en se filmant. Ces faits lui ont valu d'être poursuivi pour viol, même s'il n'est pas entré en contact physique avec ses victimes.

Lors de l'analyse du matériel informatiques saisi, les enquêteurs ont également découvert des vidéos attestant des traitements inhumains. "Sur certaines vidéos, des jeunes filles âgées d'une douzaine d'années boivent leur urine, mangent leurs excréments ou prennent en bouche un tampon hygiénique souillé, comme leur avait ordonné le prévenu", a détaillé le ministère public. Ces faits ont duré cinq ans.

Le prévenu avait reconnu les faits lors de la précédente audience, en janvier.

Le parquet a estimé que le prévenu ne pouvait bénéficier d'aucune circonstance atténuante. La procureure a réclamé la peine maximale, soit 15 ans d'emprisonnement assortis d'une mise à disposition du TAP pour une durée de 15 ans également.

De son côté, la défense juge que son client présente bien des circonstances atténuantes. Elle a souligné la collaboration de son client avec la police dès son arrestation et insisté sur le fait que le trentenaire, qui a été libéré en 2017, avait tenté de se faire aider en cherchant une thérapie stationnaire mais qu'aucune place n'avait été trouvée.

Par ailleurs, si la matérialité des faits n'est pas contestée, l'avocat de la défense estime que la prévention de viol est discutable puisque l'homme n'est pas entré en contact physique avec les adolescentes. La défense a plaidé pour une peine "juste" pour son client, qui tente de reprendre sa vie en main.

Le tribunal rendra son jugement le 12 mai.