En juillet dernier, la vallée de la Vesdre connaissait une crue sans précédent causant des pertes humaines, des dégâts matériels et des dommages psychologiques. Aujourd’hui, la vallée est amenée à se reconstruire, mais pas n’importe comment.

Avec l’Université de Liège, le bureau d’études Studio Paola Vigano a été choisi par la Région wallonne pour rédiger un master plan pour reconstruire "autrement". Lancé en janvier, celui-ci doit durer un an. Le groupe de travail est composé d’une équipe multidisciplinaire d’experts, de l’hydrologue à l’écologue, qui se rend sur le terrain et dialogue avec les acteurs locaux. "Nous allons lancer d’ici quelques semaines la phase de présentation du diagnostic", au sein des communes concernées, dévoile l’architecte et urbaniste italienne de renom Paola Vigano, qui participe à la révision les modèles d’urbanisation dans plusieurs villes européennes.

Il s’agit d’un diagnostic "à l’échelle du bassin versant de la Vesdre" qui prend la forme d’un atlas donnant une lecture du territoire, d’Eupen à Chaudfontaine, en passant par Trooz et Pepinster, "mais aussi les communes situées sur les plateaux".

L’objectif est de "construire une carte du potentiel de résilience de la vallée", face aux inondations et au réchauffement climatique. "Il y aura d’autres épisodes de ce type et l’idée est de comprendre comment faire pour que le territoire puisse être capable d’accueillir l’eau, de s’adapter plutôt qu’y résister". Pour exemple, "tout ce qui se trouve sur le plateau peut diminuer le rejet de l’eau, et ainsi diminuer les problèmes d’écoulement dans le fond de la vallée", explique l’urbaniste.

Une résilience qui peut aussi se faire par "l’utilisation du sol, le type de végétation, la forme du cours d’eau… Il faudrait revenir à une Vesdre méandriforme, lui redonner plus d’espace, pour qu’elle puisse s’élargir et revenir dans son lit". Pour la spécialiste, "le risque dans le fonds de la Vesdre a été construit par l’homme, par l’urbanisation croissante dans le temps" en fonds de vallée, mais aussi sur les plateaux, en l’occurrence celui du Pays de Herve, "qui s’étend sur un paysage extraordinaire, unique, dont on détruit avec trop de légèreté le capital environnemental et culturel".

Le bureau d’études part du principe que chaque partie de la vallée dispose d’un potentiel pour diminuer le risque d’inondation, du plateau de Herve au fond de vallée en repartant vers les Hautes Fagnes, "où on va poser l’hypothèse de retrouver une capacité de stockage de l’eau en revenant aux tourbières".

Des scénarios

Après le diagnostic, l’équipe travaillera sur différents scénarios, avant la remise du master plan, prévue pour la fin d’année.

Si des communes se préoccupent déjà de reconstruire du logement en bord de Vesdre, l’architecte-urbaniste "suggère de ne pas se précipiter" et d’attendre ce master plan, "qui proposera une vision plus systémique, qui permettra à chacun de comprendre comment cette vallée pourrait s’adapter", et donnera "des stratégies, des indications aux communes" pour mieux urbaniser. "Dans les prochaines dizaines d’années, il y aura encore des épisodes d’inondations de ce type, avant des périodes de sécheresse, après 2050. On doit s’y préparer !"