À Verviers, le patrimoine a visiblement bien du mal à se faire respecter, et se faire valoir, alors que des projets de promoteurs immobiliers ne cessent de le menacer. Un nouveau dossier inquiète en Cité lainière, plus particulièrement à l’angle de la place du Martyr où la maison remarquable du numéro 59 "Le Carré", et ses deux voisines (57 et 55), sont menacées de démolition. Rachetées par un propriétaire privé (la société Unibox), celui-ci souhaite tout détruire pour y construire un bâtiment contemporain qui abriterait 13 appartements aux étages et une surface commerciale au rez-de-chaussée.

Sauf que la maison du numéro 55 est reprise à l’Inventaire du patrimoine immobilier pour sa façade blanchie du XIXe siècle comptant quatre niveaux et trois travées. Tandis que les numéros 57 (Grand café) et 59 (Le Carré) sont repris à l’Atlas du patrimoine architectural des centres anciens protégés de l’Awap. Le Grand Café (57), datant du XVIIIe siècle est l’œuvre de l’architecte verviétois Émile Burguet, à qui l’on doit la gare de Verviers. Le Carré vient quant à lui de connaître des travaux préliminaires réalisés par le promoteur sans permis qui révèlent derrière le ciment une façade à colombages datant du XVIIe siècle… tout comme la maison Lambrette, classée, rue des Raines.

Si les maisons sont abandonnées depuis deux ans, "elles sont encore en bon état. Rien ne justifie leur démolition", fustige Virgil Declerq, président de l’ASBL de défense du patrimoine Communauté Historia, qui a réalisé un état des lieux sur place. Celui-ci entend s’opposer au projet par une demande d’inscription de ces trois maisons sur la liste de sauvegarde, et le lancement d’une pétition pour alerter les Verviétois. "Quand on habite dans une ville historique, on ne peut pas détruire ainsi son patrimoine, autrement il faut aller habiter à Louvain-la-Neuve. C’est une des seules villes avec autant de colombages dans la région."

Ce jeudi, le dossier doit passer devant le collège qui doit remettre son avis préalable au projet pour une demande de permis. Pour l’échevin de l’Urbanisme Freddy Breuwer qui aime le neuf, "ce projet est une clé pour la relance du centre-ville. On ne peut pas tout sauver sinon on ne sauve rien ."