Le procureur du Roi a requis six années de prison lundi devant le tribunal correctionnel de Verviers envers un homme habitant Spa. Le prévenu est suspecté d'avoir immolé un ami SDF qu'il hébergeait en décembre 2019. Il nie les faits qui lui sont reprochés malgré les nombreux éléments pointés par le procureur du Roi.

Le 22 décembre 2019, une ambulance est appelée au domicile du prévenu. Sur place, les services de secours découvrent une scène interpellante. Un homme est gravement brûlé et présente des traces de coups et blessures sur son corps, dont certaines au crâne et infligées "à l'aide d'un objet contondant", précise le rapport du médecin légiste. Des débris de bouteille traînent ça et là. Il y a des traces de sang en plusieurs endroits de l'appartement.

A leur arrivée, les policiers déclarent de leur côté avoir vu à un moment donné le prévenu en train de gratter sur le sol du living une grosse tache qu'il a lui-même qualifiée ce lundi de "morbide". Une tache qui ressemble à celle causée par un incendie. De l'essence a d'ailleurs été retrouvée à cet endroit.

La personne qui a été immolée est un SDF. Elle dit n'avoir aucun souvenir de ce qu'il s'est passé entre le 19 et le 22 décembre, quand elle se réveille avec des habits qui ne sont pas les siens. Son pronostic vital est engagé. L'homme est brûlé sur 12% du corps et boitera probablement le reste de sa vie.

Selon l'enquête, les deux hommes ont bu de la vodka le jeudi. Le prévenu devient très agressif, incontrôlable même, quand il est saoul. Le soir, les deux hommes se disputent: le prévenu, qui était endetté, réclame de l'argent à la victime, qui tente alors de mentir pour gagner du temps en expliquant qu'il attend que son beau-frère le paie pour un travail. Un stratagème qui est démantelé par le prévenu. Ce qu'il se passe par la suite reste flou.

Quatorze messages vocaux laissés par le prévenu sur la boîte vocale du beau-frère de la victime permettent de lever un coin du voile. Le ton est agressif. Dans l'un de ceux-ci, on entend la victime gémir en arrière-fond sonore.

Pour le procureur du Roi, c'est clair: le prévenu a bel et bien versé un liquide inflammable sur la victime. "Je requiers la prévention de torture avec la volonté de commettre l'acte et deux circonstances aggravantes, à savoir la vulnérabilité de la victime, qui était dépendante de la bonne volonté du prévenu et la mutilation grave avec blessures, c'est bien plus qu'une simple bagarre", a-t-il indiqué. Notons aussi que ce n'est pas le prévenu qui a appelé les secours mais un ami qui s'est rendu sur les lieux le dimanche. "Lorsqu'on projette un liquide inflammable sur une personne probablement inconsciente et qu'on n'appelle pas les secours, on est dans un tentative de meurtre", a-t-il martelé en demandant six ans de prison ferme.

L'avocat du prévenu a, quant à lui, pointé un contexte familial difficile et un manque d'assises solides permettant à son client de rester stable. Il a également remis en question les déclarations de la victime et soulevé le doute sur certains points. "Il y a une absence de déclarations précises sur les faits, les souvenirs ne sont pas fiables. Il n'y a aucune trace d'incendie sur les meubles ou le plafond de l'appartement alors qu'il est blanc. Les détecteurs de fumée ne se sont pas enclenchés, les voisins n'ont rien remarqué. Nous ne pouvons pas dire que l'incendie s'est déclaré là." 

Interrogé, son client explique qu'il ne se souvient de rien. Maître Wynants a réclamé l'acquittement en ce qui concerne les deux préventions retenues et à titre subsidiaire un sursis probatoire.

Le jugement sera prononcé le 28 novembre.