Le procès de Philippe Lemaire devant la cour d'assises du Luxembourg pour l'assassinat de Marie-Thérèse Roufosse le 15 juillet 2018 est entré dans sa dernière ligne droite. Jeudi soir, le jury a reconnu l'accusé coupable de meurtre avec préméditation. L'audience a repris vendredi matin avec le réquisitoire du parquet et les plaidoiries de la défense sur la question de la peine. Le ministère public a requis la peine maximale, soit la réclusion à perpétuité avec mise à disposition du tribunal d'application des peines pour une durée de 15 ans.

"Je ne lui trouve aucune circonstance atténuante", a déclaré l'avocat général à propos de l'accusé. Le magistrat évoque la rancœur tenace de Philippe Lemaire envers la justice, son absence totale de remise en question, sa propension à rejeter systématiquement la faute sur les autres, ses multiples antécédents judiciaires, son absence totale d'empathie envers les proches de la victime ou encore sa détermination à se faire justice lui-même. « Philippe Lemaire représente un réel danger pour la société. Jamais à l'issue d'une session d'assise je n'ai ressenti un tel sentiment de crainte. J'estime que dans cette affaire, l'incarcération est la seule solution qui permette de juguler le risque de récidive."

Les avocats de la défense Sylvain Danneels et Dimitri De Coster plaident les circonstances atténuantes, invoquant l'enfance difficile de l'accusé et l'impact du déterminisme familial sur sa structure de personnalité. Dimitri De Coster a présenté un cube à l'audience en guise de métaphore pour représenter le psychisme de son client. "Monsieur Lemaire est enfermé dedans avec ses idées, sa rancœur, sa haine. Il aurait pu devenir bien plus, mais il s'est passé tellement de choses."
L'avocat a évoqué les déménagements successifs liés au travail du père, la haine qui s'était installée entre les parents dans le cadre de leur divorce, la mère, présentée comme une prostituée alcoolique portée sur le vol et la violence, et qui aurait demandé à son fils d'empoisonner son père. Mais aussi le père, adulé malgré la négligence paternelle, et dont la rancœur tenace envers la justice chestrolaise imprègne aujourd'hui le discours de l'accusé.

L'avocat a conclu en se retournant vers l'accusé : « Philippe, ton enfance t'a été volée, tu peux t'affranchir de ces difficultés, tu as le droit de haïr ton père, de te mettre en colère", a ajouté l'avocat à son client en lui remettant le cube symbolisant son psychisme. Sylvain Danneels, est également revenu sur la relation entre Philippe Lemaire et Marie-Thérèse Roufosse. Une relation présentée comme toxique par les avocats de la défense. "Tous deux se complaisaient dans cette relation dysfonctionnelle. Sans doute l'a-t-il très mal aimée, mais je suis persuadé qu'ils se sont aimés et que c'est cet amour pour elle qui l'a poussé à commettre l'irréparable."

La défense demande au jury de ne pas prononcer de peine supérieure à 20 ans de réclusion. "Vu son âge et son état de santé, la perpétuité a valeur d'éternité pour Philippe Lemaire", estime Dimitri De Coster.
L'accusé avait préparé quelques notes pour sa dernière intervention. Il ne les a finalement pas lues. "Quand je dis quelque-chose, ça ne sert à rien", a-t-il déclaré, avant d'ajouter, au bord des larmes, "Marie... ça ne devait jamais arriver."