Confié à la garde de sa mère au début des années 1980, Philippe Lemaire nourrit une rancune tenace envers les autorités judiciaires de la province du Luxembourg, dont il n'a cessé de dénoncer la "corruption" tout au long de son interrogatoire. En 1985, à l'âge de 15 ans, il poignardait son grand-père maternel de six coups de couteau, lui reprochant d'avoir joué les intermédiaires entre sa mère et un procureur, celui-là même dont il dénonçait la corruption plus tôt et qu'il rend responsable de la plupart de ses déboires judiciaires.

Le président de la cour a ensuite interrogé l'intéressé sur son parcours sentimental, marqué par des relations avec des femmes plus âgées. "Un témoin dit qu'à travers ces relations, vous recherchiez une mère", a observé le juge Olivier Warnon. Une théorie balayée par l'accusé.

La cour s'est alors intéressée au dossier pour lequel Philippe Lemaire avait comparu devant la cour d'assises début des années 2000. L'accusé avait tiré sur l'ex de son ancienne compagne en riposte à une tentative de meurtre dont il venait d'être la cible. Grièvement blessé par balle lors de cet incident, Philippe Lemaire en conserve toujours d'importantes séquelles. À de nombreuses reprises, il a fustigé l'acharnement de la justice à son égard, qu'il s'agisse d'un procureur de Neufchâteau qualifié de "dictateur" ou encore de policiers.

 "Mais tout le monde vous en veut", lui a fait remarquer le président de la cour. "Le dictateur avait donné l'ordre de me casser par tous les moyens", a répondu l'accusé.
En 2005, Philippe Lemaire quittait la Belgique pour échapper à la prison après avoir reçu un billet d'écrou. À son retour au pays fin 2016, il s'installait à Bastogne non loin du café où Marie-Thérèse travaillait comme serveuse. Leur relation sentimentale a débuté quelques mois plus tard.

La relation s'est rapidement détériorée. "À cause de quelqu'un qui est dans la salle et qui n'a jamais accepté que sa mère soit bien avec quelqu'un", a lâché l'accusé en référence au fils de la victime, constitué partie civile. Philippe Lemaire reconnait d'ailleurs avoir la rancune très tenace. Tout comme il reconnait pouvoir faire preuve de jalousie. "Mais on est jaloux que de ce qu'on aime", poursuit-il. Le Bastognard de 52 ans reprochait à son ex-compagne d'avoir changé de comportement après avoir repris la gérance du café. Il lui reprochait d'aguicher les clients ou encore de verser des médicaments à son insu dans son verre. Par le passé, Marie-Thérèse Roufosse s'était confiée à propos de menaces proférées à son encontre et à l'encontre de son fils par l'accusé. Philippe Lemaire conteste.

Philippe Lemaire est accusé de l'avoir tuée d'une balle dans la tête le 15 juillet 2018.