"La prévenue a créé un climat de haine sur les réseaux sociaux"

Une habitante du village de Deux-Rys (Manhay) se retrouve devant le tribunal correctionnel de Marche pour avoir lynché son voisin agriculteur sur les réseaux sociaux. Voilà plusieurs années que la Manhaydoise et son mari se plaignent de l’état d’insalubrité dans lequel est plongée la ferme. Avec tout ce que cela implique en termes d’odeurs et de crasse pour le voisinage. Un mécontentement tel qu’il a fini par exploser sur Facebook.

Outre les commentaires incendiaires, la prévenue a publié plusieurs vidéos sur lesquelles on peut voir les bêtes s’empêtrer dans la boue, les monticules de déchet s’élever sur plusieurs mètres… Quand ce ne sont pas carrément les cadavres d’animaux abandonnés sous une fine couche de fumier à quelques mètres à peine de la propriété voisine.

Alertée par la situation, une association de défense des animaux s’en est mêlée et les bêtes ont fini par être saisies. L’agriculteur en question cite aujourd’hui sa voisine devant la justice pour harcèlement. "Mes clients ont été baptisés malgré eux "la ferme de la honte". Mais n’oublions pas qu’ils sont toujours présumés innocents", souligne Loïc Richard, avocat du fermier constitué partie civile. "Madame a décrété que la justice n’allait pas assez vite et elle s’est lancée dans une vendetta personnelle sur les réseaux sociaux, une atteinte permanente à la présomption d’innocence. Qu’on laisse la justice faire son travail. La prévenue a contribué à créer un climat de haine à l’encontre de mes clients. Quotidiennement, des gens sont venus les insulter, faire des dégâts chez eux…"

La partie civile réclame plusieurs milliers d’euros de dommage et intérêts. "C’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité : les parties civiles se sont mises elles-mêmes dans les conditions pour se retrouver sur la place publique", rétorque l’avocat de la défense Pierre Neuville. Il invoque la contrainte irrésistible et sollicite l’acquittement. "C’est la canicule. Une vache morte en train de pourrir au soleil sous 10cm de terre et de déchets. Le jus de fumier s’écoule sur la propriété de mes clients. Il fait pestilentiel. Les policiers sont obligés de se couvrir le nez avec un mouchoir. Ma cliente vit ça tous les jours depuis des années. Elle a déposé 19 plaintes. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Elle a fini par exploser." Jugement le 13 mars.

N.P.