Bastogne - Vielsalm Gabriel Frippiat est soulagé. Le prêtre abuseur a été sanctionné par l’Eglise

Victime d’un prêtre pédophile de 1971 à 1973 au séminaire de Bastogne, Gabriel Frippiat a remporté une première victoire dans le combat qu’il mène depuis neuf ans. En effet, il vient d’annoncer qu’il avait reçu, le 12 septembre dernier, la réponse à la lettre envoyée au Vatican en 2015. Dans ce courrier, le Saint-Siège déclare que "l’abbé Henri Mathieux est coupable d’avoir commis le délit d’abus sur Gabriel Frippiat quant celui-ci était encore mineur et, par conséquent, il lui inflige la peine de renvoi de l’état clérical."

Cette sanction de l’Eglise a été accueillie favorablement. "Mon statut de victime a, enfin, été reconnu", souligne Gabriel Frippiat. "Je suis, à présent, soulagé et serein."

Sa vie a basculé quand il n’avait que 13 ans. "Ce prêtre était mon professeur de latin et de religion", se souvient-il. "Il s’occupait aussi de la surveillance du dortoir. Quand je jouais au football, il voulait jouer dans mon équipe. Au début, il était sympathique et je lui faisais confiance. Par la suite, il s’est rapproché physiquement. Il m’a, d’abord, mis la main dans le dos. Ensuite, il m’a demandé de lui faire une fellation, puis m’a violé. Je n’en ai pas parlé à mes parents car je pensais qu’ils ne m’auraient pas cru. Je n’étais pas sa seule victime."

En 2010, la commission Abus sexuels au sein de l’Eglise est mise en place et il dénonce les faits. D’autres témoignages sont recueillis par les enquêteurs. En 1988, l’abbé Mathieux est écarté du séminaire à la suite d’une plainte envoyée à la direction par une mère d’élève. Une paroisse lui est ensuite été confiée à Haut-Fays. En aveux, inculpé de viol avec violence et d’attentat à la pudeur, il ne s’est pas présenté devant la chambre du conseil de Neufchâteau. En mars 2012, l’affaire s’est terminée par un non lieu, les faits étant prescrits.

Le prêtre pédophile est aujourd’hui retraité. Il vit dans le Namurois. Une action en justice est toujours pendante à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg.

Gabriel Frippiat a rejoint un collectif de victimes de prêtres pédophiles

En 2011, un an après avoir dénoncé les faits, Gabriel Frippiat a rejoint l’action collective lancée par des victimes d’abus sexuels au sein de l’Eglise. Au départ, ils étaient 39 à poursuivre le même objectif : faire constater par la justice la responsabilité civile du Vatican, des évêques et des supérieurs des ordres religieux belges. Aujourd’hui, ils sont encore 24, dont Gabriel Frippiat, à demander que cette responsabilité soit établie.

L’affaire a, depuis, été portée devant la Cour européenne des droits de l’homme. En 2017, en effet, une requête a été déposée, à Strasbourg, après que le tribunal de première instance, la cour d’appel et la cour de cassation aient rejeté, pour des raisons de procédure, l’action collective intentée à l’encontre des évêques de Belgique et du Saint-Siège.

“Les victimes d’abus sexuels n’ont jamais eu accès à un juge qui aurait pu traiter leur plainte”, explique Me Pieter-Bram Lagae.

L’article 13 de la Convention européenne des Droits de l’Homme stipule, pourtant, que l’on peut saisir un juge lorsque les droits humains sont enfreints. Les juges belges ont considéré que l’action en justice était irrecevable. L’action collective n’était pas, selon ces derniers, autorisée par la procédure car le Vatican bénéficiait de l’immunité. Notre argumentation n’a jamais été prise en considération.

Reste que la requête a été considérée comme recevable par la Cour européenne des droits de l’homme. Des poursuites sont dès lors engagées contre l’Etat belge. La Cour devrait rendre son verdict dans les prochains jours, voire les prochaines semaines.

Nadia Lallemant