Bastogne - Vielsalm Une bonne heure durant, Jean-Pierre Lutgen s’est expliqué devant la juge Brilot.

Ce lundi matin, le tribunal correctionnel d’Arlon s’est longuement penché sur le dossier Lutgen. L’administrateur délégué de la société Ice Watch est essentiellement poursuivi pour trois préventions. Notamment pour avoir, voir, entre 2013 et 2018, exécuté des travaux sans avoir le permis approprié. Ce qu’il dément. Egalement pour avoir démolit 2 batiments existants pour faire son parking. Sans entrer dans les détails -très et trop- techniques de ce dossier, on préfère vous relater la tenue des débats entre le prévenu et la juge Brilot lors de cette instruction d’audience.

"J’ai beaucoup de choses à vous dire", lui dit-il d’emblée. Jean-Pierre Lutgen parle comme s’il était en conseil d’entreprise. Sûr de lui et connaissant son dossier par cœur, il retient d’emblée l’attention de la salle. Mais après trois minutes, la juge Brilot l’interpelle une première fois. "Monsieur Lutgen, pouvez-vous me regarder en parlant ? Au lieu de regarder partout dans la salle ?". "Excusez-moi, je vais le faire. Comprenez que je n’ai pas l’habitude d’être présent dans ce genre d’audience", lui répond-il.

L’audience se poursuit. La juge posera ensuite une multitude de questions auxquelles le patron d’Ice Watch répondra. Le fond de l’affaire, c’est-à-dire la construction d’un parking à Bastogne, est longuement analysé et débattu. Ce dossier a démarré en 2013 et traîne maintenant depuis plusieurs années, ce qui commence à agacer notre homme. Un dossier qui déjà été jugé, puis réexaminé en appel à Liège, avant de terminer à Arlon dans les mains du procureur Gourdange le mois dernier. Il revient aujourd’hui sur la table et est pris en charge par l’Avocat Général, Kraewinkels.

"Pourquoi dois-je mériter ce traitement spécial ? N’y-avait-il pas assez d’affaires à Liège pour qu’on envoie ce dossier devant un Avocat Général ? Je me pose des questions. A l’époque déjà, au moment des faits, on avait arrêté les travaux, réaliser des auditions, etc. comme si j’étais un criminel."

Jean-Pierre Lutgen s’est aussi justifié sur l’autre prévention de ce dossier, un outrage. “Remettez ça dans le contexte. Les travaux commencent en septembre 2013, je dois aller à Hong Kong dans nos bureaux car la Reine nous fait l’honneur de venir nous rendre visite. Un jour, on me réveille en matinée : les architectes me disent qu’une décision de la RW est proclamée. Il y a donc un arrêt complet des travaux. Imaginez mon état. Quelques jours plus tard, on s’est vu avec M. Michelet, le fonctionnaire de la RW. Fermer notre chantier était une mesure exagérée, mais il devait suivre la décision de ses chefs, me dit-il. Je voulais bien l’entendre. Je lui ai suggéré que comme cette mesure était exagérée, il fallait peut-être dire non aux chefs.”

Lutgen poursuit : “J’ai alors envoyé mon email en lui suggérant, pas en lui conseillant, de regarder le film “I comme Icare” et l’expérience de Milgram. Quel est le problème ? J’ai étudié ce thème à l’Université. D’autres l’apprennent encore aujourd’hui, comme les policiers en formation par exemple. Il s’est senti outragé ? C’est quand même incroyable qu’il n’ait porté plainte que… 4 ans après avoir reçu cet email. On me dit qu’il a également eu des problèmes de santé durant cette période… A cause d’un mail ? Restons sérieux et raisonnables. Je veux bien comprendre tout, mais là !”

Après une heure trente de débats, la juge a proposé de reprendre ce dossier le mois prochain.

L.T.