Troisième jour du procès de Clara Maes (89 ans), accusée du meurtre de son amie Suzanne Thibeau (93 ans), le 3 janvier 2015 à Libramont dans des circonstances qui restent encore floues. Des auditions consacrées au volet mental de l’accusée et financier de la victime le matin. Mais surtout, avec un face-à-face l’après-midi entre l’accusée et des membres de sa famille -deux petites-filles et un petit-fils- appelés à la barre en tant que témoins de personnalité.

"Une bonne grand-mère ! Qui nous a toujours inculqué les bonnes valeurs. Que ce soit pour le travail, pour l’argent ou les devoirs que l’ont doit rendre à la société. Elle a toujours su s’occuper de nous, a pris soin de notre père lorsqu’il n’était pas bien, a pris soin de sa famille, de ses amis. De Suzanne aussi ! Elle a son caractère, mais elle n’a jamais été méchante ou agressive dans la vie", note sa première petite-fille.

Clara Maes ne peut retenir quelques larmes, met son doigt à l’oeil à plusieurs reprises durant ces témoignages. Elle semble émue. Elle qui n’a pourtant plus vu sa seconde petite-fille depuis 2014 ! Sa personnalité se dévoile au fil des minutes. On parle de sa mémoire, défaillante…

"Si elle dit ne pas se souvenir de ce qu’il s’est passé le 3 janvier 2015, c’est que c’est vrai. Sinon, ça voudrait dire qu’elle nous ment aussi ces dernières années. Elle a encore des problèmes de mémoire, elle se trompe parfois de nom en nous appelant. Elle parle parfois en néerlandais avec mon frère…", disent-ils encore.

Pour les experts, Clara Maes ne présente pas de maladie psychiatrique la rendant irresponsable de ses actes. Pas de trouble de la personnalité non plus. Pour arriver à ce constat, différents testing (entretiens) ont été réalisés entre juin 2016 et avril 2017. C’est vrai, sa mémoire est défaillante. Me Kauten, pour la partie civile, n’hésite pas à en rajouter une couche. "Elle comprend bien, vous savez ! Son amnésie n’est pas sincère."

L’accusée souffre aussi de diabète de type II. Pouvait-elle dès lors commettre un crime sans s’en rendre compte et oublier tous les détails ? Peu probable. "Géné-ralement, les très grosses hypoglycémies peuvent diminuer le taux de sucre dans le sang et cela peut influer le mental. Mais avec un diabète de type II, c’est plutôt inhabituel. Voire rare dans ce cas-ci", explique le Dr Debabèche.

Suzanne Thibeau possédait un capital intéressant - hérité de son ancien mari - qui lui conférait des jours heureux. "Un immeuble, sous forme de société à Libramont et dont elle avait des parts majoritaires dans celle-ci (51 %). En cas de décès, Clara Maes doit recevoir 70 % (de ces 51 %) et une autre héritière (une cousine par alliance) bénéficier des 30 % restant", dira le notaire. Est-ce le mobile du crime ? Si Clara Maes était reconnue coupable, elle ne toucherait rien. Ni ses petits-enfants d’ailleurs. En cas d’acquittement, ce n’est pas le jackpot, car la somme perçue sera amputée de 80 % de droits de succession. Ce jeudi, place aux avocats qui auront la parole.

L.T.