arlon Des témoignages de proches de la victime ont eu lieu hier aux assises d’Arlon.

Deuxième jour du procès de Giovanni Damilot, accusé d’avoir tué son ami Jean-Sébastien Spoiden en février 2018, dans le village des Hayons (Bouillon).

Ce mardi, place à l’audition des premiers témoins. D’abord ceux qui ont découvert le corps sans vie de la victime. Et c’est en pleurs que le premier d’entre eux, Dany Damilot, termine son audition. "Jean-Sébastien était un fanfaron, une ‘doudouille’ (sic) comme on dit. C’est-à-dire un gars gentil qui aidait son prochain. Même quand il buvait trop, il restait souriant. Il va nous manquer. Surtout aux enfants qui accusent le coup depuis deux ans, sans leur oncle" , dit-il. Plus tôt, l’oncle de Giovanni Damilot a tenté de décrire les traits de caractère de son neveu qu’il a hébergé quelques fois avant les faits. "Une seule fois, j’ai vu Giovanni mettre une bonne tarte, une baffe, à quelqu’un. C’était à son frère, mais son père l’avait ensuite réprimandé. Il avait valsé. Sinon, il y a bien eu une altercation verbale entre nous, mais pas de violentes disputes sous mon toit. Mais je savais qu’il était bagarreur, assez agressif par moments" , précise-t-il.

L’autre point fort de ce témoignage date du mardi 27 février, le jour où le corps a été retrouvé en sa présence. "Le corps n’avait pas encore été identifié. J’ai vraiment insisté auprès des policiers pour qu’ils retirent et me montrent la chaussure droite qui se trouvait sur le corps calciné. La veille, Jean-Sébastien était venu chez nous faire quelques travaux. Sale, on lui avait ensuite passé mes vêtements avant qu’il ne reparte chez lui. J’espérais l’identifier ainsi, mais la police a refusé de me la donner" , dit Dany Damilot qui termine en décrivant la personnalité de son beau-frère, assassiné.

Ce fut ensuite le tour de Morgane Spoiden, la sœur. Ici aussi, beaucoup d’émotions et de l’incompréhension. Le meurtre accompli, Damilot fit mine de rien. Se moquant de la famille… "J’ai reçu un message de sa part, me demandant de lui donner des nouvelles de l’affaire. On devinait qu’il cherchait à en savoir plus sur le décès de son ami. Il faisait celui qui ne savait pas, sans doute pour mieux préparer son mensonge" , dit-elle. Michael Spoiden est encore plus direct. Le jour où le corps de son frère est retrouvé, mais pas encore identifié, il a plusieurs fois l’occasion de discuter avec Giovanni Damilot. "D’abord par SMS. Je lui ai demandé ce qu’il avait fait. Il a nié. Plus tard, à Bouillon, il s’est mis à genoux devant moi, me jurant qu’il était innocent. Qu’est-ce que je lui ai dit ? Qu’il se foutait de moi ! Je lui ai dit, sans encore savoir que le corps était bien celui de mon frère, qu’il avait de toute façon une part de responsabilité dans ce qu’il s’était passé" , exprime en substance le frère de la victime.

L’après-midi, d’autres témoins sont venus confirmer les faits et gestes de la victime et de l’accusé, juste avant le crime. Ce mercredi, place aux experts psychologues.

Les auditions des médecins légistes ont précédé les témoignages des proches. Elles ont apporté quelques précisions sur les causes du décès de Jean-Sébastien Spoiden. On rappelle que le corps de la victime a été retrouvé, mutilé et brûlé en février 2018, au domicile qu’il occupait, dans le village de Les Hayons (Bouillon). Les premières constatations ? "Un corps en grande partie carbonisé et en décomposition. Un thorax et des organes détruits par le feu. Seul le pied doit a été épargné. Plusieurs lésions et des fractures, du côté gauche du crâne allant de 5 à 17 cm de profondeur, laissent penser qu’un objet tranchant et puissant a été utilisé pour tuer M. Spoiden. La hachette que l’accusé, M. Damilot, a jetée dans le poêle à bois, comme il nous l’a expliqué ce lundi, est donc une arme qui colle parfaitement" , explique en substance Philippe Boxho, médecin légiste.

On sait donc officiellement comment est morte la victime. À la suite de ces coups à répétition donnés avec force par Giovanni Damilot, Jean-Sébastien Spoiden est tombé par terre. Et il n’a sans doute pas attendu longtemps avant de mourir. "La victime a effectivement eu une fracture de la boîte crânienne. Son lobe temporal a été complètement détruit. Il y a eu une hémorragie, le sang s’est répandu autour du cerveau. La victime a saigné (cerveau), mais pas très longtemps" , dit-il encore. Mais… "Au moment où son corps a commencé à brûler, il était sans doute encore en vie. Il agonisait, mais il respirait" , ajoute-t-il.

Pour appuyer ses dires, des traces d’un gaz (le cyanure) ont été trouvées dans son corps. Un gaz mortel qui est sans doute arrivé dans les voies respiratoires de la victime peu de temps après avoir reçu les coups mortels. Soit au moment où son corps a commencé à prendre feu, quelques minutes plus tard. Des traces résultant des nombreux coups de hache donnés par Giovanni Damilot se sont aussi retrouvées sur les murs de l’habitation. Là aussi, tout est clair. "On peut parfois avoir une "artère qui pète" et voir le sang gicler à plusieurs mètres" , précise Aurélien Partoune, également médecin légiste.

Laurent Trotta