Luxembourg Son mari est décédé en 2013 suite à une négligence administrative. Les experts ont classé le dossier

Nathalie Langlois de Houdrigny a perdu son mari Michel il y a six ans, décédé d’un cancer.. " En décembre 2010, on lui a d’abord enlevé un rein. C’était au CHU de Liège. J’ai insisté pour qu’il aille là-bas, convaincue que c’était un bon hôpital. Je m’en veux encore ", nous dit-elle en pleurs. Pourtant, l’opération en elle-même s’est plutôt bien passée. " Mais environ deux ans plus tard, mon époux a malheureusement ressenti de fortes douleurs au niveau des cotes et du dos. Cette fois, nous sommes allés à l’hôpital d’Arlon pour en savoir davantage. Il a passé des examens, des radios d’usage. Trois jours en observation… Comme les médecins ne voyaient pas d’où pouvait provenir l’origine de ce mal, ils ont finalement demandé le dossier (NDLR : le Protocole) qui avait été émis par le CHU de Liège deux ans auparavant, juste après son opération au rein ", dit-elle.

Après la lecture du dossier, Nathalie se souvient encore de la réponse du médecin à Arlon. Ce fut la stupéfaction. "Votre mari à un cancer… qui est déjà à un stade bien avancé. Il est sans doute trop tard mais on va quand même démarrer une chimio." Renseignements pris, il apparaît que le CHU de Liège connaissait déjà l’existence d’une forme de métastase en… février 2011. Soit quelques semaines après l’opération du rein. C’est ce qui est formellement indiqué dans le Protocole. Mais pour une raison encore inconnue à ce jour, cette information n’a jamais été dévoilée à la famille, au médecin traitant ou à l’urologue (NDLR : exerçant à la clinique de St-Mard) qui suivait déjà Michel à cette époque. C’est pourtant ce qui est recommandé dans pareil cas.

Chacun se renvoie encore la balle aujourd’hui. Michel, sans le savoir, aurait donc pu recevoir un traitement entre 2011 et fin 2013. "Bien entendu que ça aurait changé pas mal de choses ! Pour lui. Pour moi. Pour nous. Pour notre entourage (en pleurs)…C’est incroyable comme situation. Comment voulez-vous que je fasse mon deuil aujourd’hui ? Je n’arrête pas d’y penser et je me battrai pour que justice soit rendue. Car pour moi, il y a une faute qui a été commise. Comment puis-je vivre en sachant qu’une erreur, qualifions-la d’administrative, en l’occurrence ce Protocole qui ne nous a pas été envoyé à temps, a sans doute joué un rôle prépondérant dans la mort de mon mari ? Ils ont préféré classer le dossier", confesse-t-elle.

Un témoignage bouleversant pour Nathalie qui cherche à comprendre…

Le Fonds des Accidents Médicaux (FAM-INAMI) a été sollicité par Nathalie Langlois. Après de longs mois d’attente, elle a enfin pu recevoir un gros classeur reprenant le dossier médical complet de son mari. Tous les détails/soins sont notés. Depuis la première opération (reins) à son décès.

“Mon mari ne se résume pas qu’à ce gros classeur. Mais c’est vraiment l’impression que j’ai encore en repensant à cette histoire”, dit-elle.

En 2017, le FAM a donc réuni les principaux “intervenants” autour de la table à Bruxelles pour analyser les causes de cet oubli administratif. Car il y a forcément quelqu’un qui a manqué à son devoir. Le médecin du CHU de Liège, des experts neutres, les représentants des différentes compagnies d’assurance ou encore l’urologue ayant suivi Michel étaient donc présents. Aujourd’hui, Nathalie ne peut accepter le déroulement de cette réunion.

J’attendais une sanction ! Pas un monologue du médecin du CHU. Il a passé son temps à dire qu’il n’avait pas commis une erreur médicale et que de toute façon, mon mari était quand même condamné en 2011. Que ça n’aurait rien changé. Il a donc été blanchi. Je ne conteste pas ce fait. Ce qui est injuste, horrifiant, impardonnable… c’est que personne, je dis bien personne n’a voulu prendre la parole (à part moi) pour effectivement confirmer cette erreur administrative. Une erreur gravissime. Je ferai mon deuil quand justice sera faite”.

Le FAM lui fait ensuite savoir qu’elle peut porter plainte. Mais la procédure est trop compliquée. “J’ai consulté un avocat. C’est peine perdue. Que puis-je obtenir ? Le médecin et son service ont été blanchis. Il faudrait refaire une enquête, une expertise. Ça coûte trop cher. J’abandonne. J’étais et je reste dégoûtée. Mais je ne me bats pas pour que ce système change. Qu’il y ait plus de facilités pour les victimes dans pareil cas. Un malheur nous arrive, on ne peut pas nous dire que personne n’est coupable alors qu’ici, c’était le cas”, conclut-elle.