C’est un prévenu, disons un peu « particulier », qui s’est d’abord présenté ce mercredi matin dans les couloirs du tribunal correctionnel d’Arlon.

Julien (prénom d’emprunt) a son propre style : cheveux façon rasta, il sent l’alcool à plusieurs mètres et il écoute sa musique rock, casque aux oreilles. Tout le monde peut d’ailleurs en profiter, tant le volume est assez élevé.

Notre homme, la trentaine, nous semble assez sympathique dans sa démarche. Il parle avec tous ceux qu’il croise, comme si de rien n’était. Il n’hésite pas à expliquer aux journalistes ou autres personnes présentes qui il est et pourquoi il est poursuivi. « Il est sobre, lui ? », se demande quand même un magistrat qui passe par là, intrigué par notre homme. En tout cas, il a sûrement bu quelque chose avant 9 heures...

Les portes de la salle d’audience s’ouvrent enfin. Les différents prévenus du jour pénètrent dans la salle. Julien titube légèrement et se fait aider par une personne pour rejoindre sa place. Face au juge, il précise d’entrée : « C’est parce que je ne vois pas très bien que j’ai besoin d’aide. Je suis malvoyant », dit-il, histoire d’expliquer sa démarche peu conventionnelle.

Les faits qui lui sont reprochés datent du début de l’année. Ce matin-là, Julien prend le bus dans la région d’Arlon. Il n’était visiblement guère dans un meilleur état que ce matin. Au moment de s’asseoir sur un siège, il s’assied…sur une jeune fille de 14 ans. Avant de la caresser sur la cuisse et ailleurs à plusieurs reprises.

Face au juge, il s’explique. Il reste d’abord cool. Avant de subitement s’emporter. « Je ne comprends pas pourquoi je suis là. Je vous l’ai dit. Je ne vois pas bien. Je ne me souviens pas être monté dans le bus ce jour-là. J’avais bu. Beaucoup bu. Ce n’est qu’après, quelques heures plus tard donc, que la police m’a appris que la fille avait porté plainte », dit-il d’abord.

Le juge lui rappelle quand même la déposition qu’il a donné aux policiers. « Vous dites ne plus vous souvenir ? Etrange, car dans votre déclaration, vous avez expliqué aux policiers ce que vous aviez fait à la petite. En mimant certains gestes. Vous avez précisé que vous avez ensuite été frappé par le papa de la victime. Et aujourd’hui, plus de souvenir ? Je ne comprends plus », exprime en substance le juge. Aucun souvenir ou mensonge ? Julien retrouve un peu la mémoire. « Ha ! oui, c’est juste. J’ai même reçu un coup de poing de son papa, qui m’avait retrouvé quelques jours plus tard pour me faire la leçon. »

Julien se défend seul, sans avocat. Le parquet requiert 8 mois de prison, sans s’opposer à des mesures probatoires éventuelles. Jugement le 8 janvier.