Les chauffeurs routiers font face à des mesures, elles-aussi, assez exceptionnelles.

Il n’y a pas si longtemps, on entendait encore des personnes qui critiquaient les nombreux camions présents sur nos routes, quand ce n’était pas la conduite des chauffeurs et les accidents impliquant des poids lourds. Le discours a bien évolué. "Aujourd’hui, ces mêmes gens nous admirent pour notre travail. En effet, sans nous, il n’y aurait pas de livraison possible dans les magasins. Mais nous sommes aussi en première ligne et les risques d’attraper le virus sont réels tous les jours", rappelle Olivier Wiot, chauffeur routier chez les Transports Depaire et originaire de Tellin.

Chaque jour, notre homme parcourt plus de 600 kilomètres et visite des pays tout aussi touchés par des mesures spéciales Covid-19. Comme, par exemple, chez un client situé aux Pays-Bas. "Notre sentiment général ? Dans certaines usines, on se sent vraiment comme des pestiférés. On peut le dire. L’accès aux quais de chargement nous est interdit. Tout comme les douches. C’est le plus compliqué : devoir se chauffer de l’eau et se débarbouiller sur le parking. Les toilettes aussi. Quand on ne met pas des cabines-WC à notre disposition, nous faisons nos besoins dehors. On voit des excréments partout. Les chauffeurs qui veulent fumer dans un espace confiné ? Plus possible. Interdit aussi", nous apprend-il.

Plus surprenant, certaines sociétés font, si on peut dire, passer une sorte d’examen médical aux chauffeurs qui viennent charger ou livrer leur marchandise. Une pratique que l’on peut comprendre, vu le virus, mais qui pose quand même question. "Je suis déjà arrivé chez des clients et on m’a demandé, disons plutôt forcé, à prendre ma température. Si on refuse, on ne peut pas charger. Comment puis-je refuser ? C’est une forme de chantage."

Du côté de son patron, il n’est pas simple de trouver des solutions et d’améliorer les conditions de travail pour les chauffeurs. "En effet, que peuvent-ils faire ? Sans rentrer dans la psychose, je commence à avoir un peu peur d’attraper ce virus. Mais on se dirige vers un confinement total, vu les fermetures des frontières. C’est peut-être la meilleure chose à faire pour préserver notre santé, même s’il faut travailler pour gagner sa croûte", conclut-il.

L.T.