Epaulée par Me Emilie Romain, son avocate, l’octogénaire fait son entrée par la porte principale. Elle peine à marcher et rejoint finalement la chaise qui lui est réservée. A ce moment, une pluie de flashes et de caméras s’abattent sur elle. Un léger malaise s’installe dans chaque camp : on a l’impression que Clara Maes se demande encore ce qu’elle fait là, tandis que les journalistes se sentent un peu "gênés" de faire leur travail, vu l’âge avancé de l’accusée. 

On le savait, ce procès est curieux et exceptionnel. Et on l’a ressenti d’entrée… Durant la lecture de l’acte d’accusation, Clara Maes fait tout ce qu’elle peut pour ne pas montrer de fatigue. Mais on la voit très souvent somnoler, pencher la tête vers l’avant, comme si c’était déjà l’heure de la sieste. Un calvaire qui a duré une bonne heure trente. Une pause est ensuite nécessaire. Mais le plus dur arrive avec son témoignage qui débute vers 11 heures.

Sa mémoire lui joue des tours, peu importe la question. "Je ne me rappelle pas", dit-elle d’entrée d’une voie assez faible, presque inaudible. Le ton est donné. Elle le répétera à plusieurs reprises (au moins une cinquantaine de fois) lors de son audition. "Ça commence bien", dira même le juge après quelques secondes d’interrogatoire, un rien ironique. Un interrogatoire trop souvent surréaliste : "Mon papa? Il était diamantaire et... il cultivait les asperges dans le jardin." 

Lorsque le juge lui demande si elle a de la famille…"J’ai un frère et deux soeurs", dit-elle. "Ha! Vous n’aviez pas une troisième soeur?", lui demande le juge. Après quelques secondes de réflexion, elle répond : "Ha oui! Elle est morte." Aux questions posées, des réponses très courtes qui seront données par l’accusée. Après environ une heure, fin de l’humiliation… des débats. Ceux-ci n’ont finalement rien apporté de neuf au dossier. A noter que ses avocats n’ont pas rédigé d’acte de défense. "L’Avocat Général a très bien rappelé les faits, avec objectivité. Evidemment, nous n’avons pas la même interprétation", indiquent-ils. 

Quant à l’interrogatoire de leur cliente… "On frôle presque un caractère inhumain. Humiliée, elle ne mérite pas de vivre ça", dit Me Romain. En attendant, Clara Maes reste suspectée du meurtre de Suzanne Thibeau (93 ans).