Début septembre, quelques 300 personnes ont pris le chemin des formations d’alphabétisation en province du Luxembourg. Un public parfois très durement touché par la crise sanitaire en cours, nombre de services délaissant le terrain pour se tourner vers le télétravail et le numérique.

"Pour les personnes en difficulté avec la lecture et l’écriture, le fait que tout renvoie aux technologies de l’information et de la communication se traduit par des difficultés à comprendre et à analyser l’information, entraînant des comportements de replis et d’isolement", constate Rita Stilmant, directrice de l’association Lire et Écrire Luxembourg, l’un des trois opérateurs de la province actifs dans le secteur de l’alphabétisation avec le Miroir Vagabond et le Centre Alpha.

Afin d’attirer l’attention du grand public sur cette fracture numérique, l’association a lancé la campagne Les oubliés du numérique. Quatre capsules vidéo inspirées de témoignages pour expliquer les difficultés vécues par les personnes en situation d’illettrisme : prendre le bus, prendre un rendez-vous médical, aller à la commune, rechercher un emploi… Le secteur réclame aujourd’hui des moyens supplémentaires pour pouvoir organiser des formations en présentiel.

"S’il devait y avoir une forme de reconfinement, toute une série de personnes seraient tenues de se former à distance. Or, le lien et le relationnel sont des éléments déterminants dans le processus d’apprentissage." Car si les cours ont pu reprendre, les impératifs liés à la distanciation sociale ont imposé quelques sacrifices. "Les locaux sont devenus trop petits. Résultat, on ne peut plus accueillir tout le monde", déplore Anne Dechamps, du Miroir Vagabond. "Des gens sur liste d’attente depuis un an n’ont toujours pas pu entamer leur formation. D’autres que nous accueillions déjà l’an dernier n’ont pas pu revenir. On doit opérer des choix : c’est dramatique !" Le secteur réclame aussi un plan ambitieux de lutte contre la fracture numérique, la formation continue des formateurs, la pérennisation des services de proximité ainsi qu’un tarif téléphonique social pour les plus démunis.

N.P.