Elles étaient trois. Trois femmes à se présenter ce mercredi matin devant le juge Pavanello. Sans avocat, mais accompagnée d’une assistante psychologue. 

L’une d’entre-elle ne souhaitait pas se constituer partie civile. Toutes voulaient témoigner, mais elles seront entendues lors d’une prochaine audience. Elles ont d’ailleurs été invitées à sortir de la salle, lorsque le prévenu a été appelé à la barre. « On rappelle qu’en matière de viol, il n’y a actuellement pas de prescriptions dans le temps en Belgique », leur a dit le juge, histoire de les rassurer. On reproche au prévenu, Antoine (nom d’emprunt), d’avoir abusé, à plusieurs reprises, d’enfants âgés de moins de 10-12-14 ans sur une période infractionnelle allant de 1986 à 1994. Son mode opératoire était souvent le même. « A l’époque, vous aviez une jeep et vous emmeniez certains enfants du village d’Attert dans votre voiture. Selon la première victime, vous l’auriez mise sur vos genoux avant de mettre vos mains dans sa culotte et lui toucher les parties intimes. Cette scène aurait duré cinq minutes, la première fois. Choquée, elle n’a jamais rien voulu dire à ses parents. Elle leur a révélé n’avoir compris que vous aviez abusé d’elle que quelques années plus tard », explique le juge. « Non, je conteste. 

De plus, c’est impossible de mettre un enfant sur mes genoux dans cette voiture. La direction et le siège sont fixes. Impossible d’avoir suffisamment de place. C’est physique, Monsieur le juge », rétorque l’homme, d’un ton sec. « Vous n’êtes plus à l’armée et vous devriez vous adresser aux membres de ce tribunal sur un autre ton », lui lance aussitôt le juge Pavanello. Militaire de carrière, aujourd’hui à la retraite, l’homme habitait la région d’Arlon aux moments des faits et voit son passé défilé devant la justice. La seconde victime a subi le même traitement. La dernière n’est autre que sa fille. A plusieurs reprises, elle signale des attouchements, au domicile familial. Le prévenu suit la même ligne de défense. « Mon ex-femme et ma fille mentent. C’est un complot. Parfois, j’essayais de lui inculquer les choses à savoir faire dans la vie, mais je n’ai jamais posé de tels gestes », retiendra-t-on en substance. Le juge Pavanello se demande quand même comment, quelques années après, trois femmes qui ne se connaissaient pas à la base, apportent des témoignages similaires et édifiants à l’encontre d’Antoine. 

« Je ne crois pas au hasard », conclut le juge. Tout ce petit monde devrait se revoir – sans doute au début de l’année prochaine - pour une seconde audience.