Luxembourg Il vient de la région du Darfour. Une victime, selon Maître de Coster, son avocat.

C’est une histoire particulière qui touche le dénommé Mohammed Adam, si tel est son vrai nom. "Vous avez donné plusieurs noms aux policiers. La plupart étaient faux. Lequel est donc le vrai ? Et après des analyses réalisées sur votre poignet, on a fini par connaître votre âge. Pourquoi continuer à nous mentir ?", questionne la juge Brilot. Son avocat apporte l’explication. Son client aurait été endoctriné par des passeurs et il se montre aujourd’hui méfiant. "Ils lui ont fait croire qu’il fallait toujours mentir devant les forces de l’ordre. Pour sauver sa peau. C’est pour cela qu’il ne veut/voulait pas dire grand-chose."

Originaire du Soudan (Darfour), l’homme a en effet fuit la guerre en 2014 mais s’est retrouvé contre son gré pris dans des engrenages. Un parcours que chaque individu doit réaliser pour pouvoir quitter son pays d’origine et qui n’est jamais simple. "Encore moins à comprendre quand on vit dans nos régions", explique Maître de Coster. "Quel parcours effrayant, chaotique ! Il a vu le site d’un génocide. Je vous rappelle les 300 000 morts qu’il y a eu à cet endroit. Il fuit donc cette zone du Darfour pour se retrouver ensuite en Lybie. Mais il sera cinq ans durant un esclave sexuel pour des gens peu scrupuleux. Là-bas, on lui a fait croire plein de choses. Il a finalement réussi à quitter ce pays. Par peur, il n’a pas hésité à dire des mensonges. Des mensonges qui devaient le conduire en Angleterre pour, pensait-il, améliorer sa situation. Il a tout perdu mais il a quitté la misère. Regardez-le, il se présente même aujourd’hui devant vous avec des sandales. Pieds nus."

Une plaidoirie poignante. Toujours est-il que son client est devant la justice pour avoir commis un vol d’une paire de lunettes dans un commerce du chef-lieu, lorsqu’il était en transit vers le Royaume-Uni. Que risque-t-il ? Une peine de prison (max 2 mois) pour commencer. Un exil vers Bruxelles (centre de réfugié) puis vers son pays d’origine ensuite.

"Je suis en situation irrégulière mais je demande la suspension du prononcé. Je sais que j’ai fait de mauvaises choses. Je souhaite obtenir des documents officiels pour m’installer dans votre pays. J’apprends même votre langue en prison", commente Mohammed. Le jugement sera rendu le 9 septembre.