Luxembourg Deux gardiens sont poursuivis devant le tribunal correctionnel : le détenu témoigne en leur faveur

Dispositif exceptionnel vendredi matin à l’audience du tribunal correctionnel de Marche. Des images de vidéosurveillance tournées à la prison de Marche-en-Famenne en été projetée en public dans le cadre d’une affaire de coups et blessures. On y voit un gardien de prison malmener un détenu dans les ateliers de l’établissement.

Poursuivi avec l’un de ses collègues, Fabien (prénom fictif) explique avoir mal réagi à ce que n’était au départ qu’une simple blague de 1er avril. "En temps normal, je me serais contrôlé", déclare-t-il. "Mais j’ai toujours en tête cette image du jour où un collègue a reçu un seau de javel et d’ammoniac au visage, puis s’est effondré devant moi le visage brûlé. Alors quand Hugues (le détenu, NDLR) est entré dans le réfectoire pour me jeter un seau au visage et que j’ai senti la chaleur….."

La vidéo projetée à l’audience montre un gardien refermer la porte du réfectoire tandis que le détenu tente de s’enfuir, puis Fabien ceinturer le prisonnier par l’arrière pour l’entraîner dans un coin de la salle. Cité à l’audience en tant que témoin, le détenu en question n’a pas souhaité se constituer partie civile. Bien au contraire. "L’atelier, c’est un endroit bon enfant", explique-t-il. "Ce jour-là, j’ai jeté un seau sur Fabien et les choses ont un peu dérapé. Il m’a saisi pour me tirer en arrière et me mettre de l’eau sur la tête dans l’évier, mais il ne m’a pas frappé."

Le détenu affirme d’ailleurs entretenir d’excellentes relations avec les prévenus. "Voilà plusieurs années que je travaille avec eux et il n’y a jamais eu de problème. Ce sont de bons chefs." Il nie également avoir subi des pressions en échange de son témoignage. "Ca fait 15 ans que je suis en prison, je n’ai rien à craindre des gardiens. On s’est serré la main et puis voilà. On est des hommes."

Fabien n’en exprime pas moins ses regrets. "On fait un métier qui n’est pas facile, et j’ai subi des choses qui peuvent expliquer cet accès de colère. Mais je devrai vivre avec ça jusqu’à la fin de mes jours. C’est une tache dans mon dossier à seulement 3 ans de ma fin de carrière." Réquisitoire et plaidoiries le 12 avril.

N.P.