Démolition de la Tour Saint-Albert : plusieurs acteurs en jeu

De Fluxys à la Région wallonne en passant par la Ville de Binche, ils ne veulent plus de la tour.

Lalieu Grégoire
TOUR ST- ALBERT A LEVAL
TOUR ST- ALBERT A LEVAL ©AVPRESS

De Fluxys à la Région wallonne en passant par la Ville de Binche, ils ne veulent plus de la tour.

François Schuiten et son exposition Lumières sur les Cités sont venus porter un sérieux coup de pouce au combat pour la sauvegarde de la Tour Saint-Albert. Pourtant, un permis de démolition pèse toujours sur l’édifice telle une épée de Damoclès que retient pour le moment un recours au Conseil d’État introduit par un comité de citoyens.

Petit tour d’horizon des acteurs impliqués dans la possible démolition partielle de la Tour Saint-Albert en commençant par son propriétaire, Fluxys. L’entreprise qui stockait du gaz naturel sur son site de Péronnes a mis un terme à cette activité commerciale en 1991.

Depuis, elle ne sait trop que faire de cette encombrante Tour Saint-Albert. "Fluxys n’a pas vocation à gérer le patrimoine industriel", explique Laurent Remy, l’un des porte-parole de l’entreprise. "Nous aurions été heureux d’avoir un projet de reprise qui nous aurait évité des frais de démolition. Mais si beaucoup de gens ont de bonnes idées pour reconvertir la tour, très peu sont prêts à mettre de l’argent."

Rénover ou démolir ? Fluxys a sans doute penché pour la deuxième option par souci d’économie. Ce que conteste le comité citoyen. En effet, la démolition implique un démontage de la tour pour préserver les bâtiments annexes et s’avérera être une opération coûteuse. Mais c’est bien le choix de la démolition qui a été approuvé à travers la convention signée avec la Ville de Binche.

Deuxième acteur de la démolition, cette Ville de Binche était pourtant prête à voler au secours de la tour en 2004, lorsque Fluxys parlait déjà de la démolir. Dix ans plus tard, il a coulé de l’eau sous les ponts. La Ville a depuis adopté la méthode Ponce Pilate, avançant que Fluxys est propriétaire de la tour et que le permis a été délivré par la Région wallonne. Deux éléments néanmoins bloquent du côté binchois. Le lavoir de Péronnes tout d’abord. La débâcle du projet de rénovation tétanise les autorités communales. Elles ne souhaitent pas se retrouver avec un nouveau vestige industriel sur les bras alors que le lavoir n’a toujours pas trouvé de nouvelle vocation. Le service des Travaux ensuite. Ils sont installés dans les bâtiments annexes. Leur délocalisation entraînerait un coût financier qui a bloqué en 2009 la possibilité d’intégrer la Tour Saint-Albert dans un vaste projet immobilier.

Dernier acteur, la Région wallonne. Le permis de démolition a été délivré par Carlo Di Antonio qui pointe le précédent du lavoir de Péronnes. Avec un certain cynisme relevé par le comité de sauvegarde de la tour. " En tant que ministre du Patrimoine, Carlo Di Antonio n’a pas débloqué l’argent nécessaire pour terminer le chantier de rénovation du lavoir, pointe Sébastien Duez du collectif. Prendre cet argument pour empêcher la rénovation de la Tour Saint-Albert, c’est fort ."

Grâce à une pétition de plus de 1.000 signataires, le comité a pu introduire une demande officielle auprès du nouveau ministre du Patrimoine, Maxime Prévot. La demande, introduite en mars, vise à inscrire la tour sur une liste de sauvegarde. Mais le collectif n’a toujours pas reçu de réponse et d’après ses informations, le dossier serait bloqué. "Le ministre Prévot a bien reçu la demande, nous indique sa porte-parole. Il est sensible à ce patrimoine. Mais difficile de l’inscrire sur une liste de sauvegarde, car la réalité budgétaire n’est pas favorable, il n’y a pas d’investisseurs pour la tour et les possibilités de réaffectation sont limitées. Une réflexion globale va être menée avec d’autres ministres sur le patrimoine industriel en Wallonie."

On l’aura compris, cette tour embarrasse plus d’un politique, surtout en période de disette. Mais si elle est démolie, il sera trop tard pour revenir en arrière. Resteront alors les sérigraphies de François Schuiten…

Grégoire Lalieu

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