Débats enflammés dans la caserne

Lundi, le conseil communal brainois s’est tenu dans la caserne des pompiers.

G. La.
Débats enflammés dans la caserne

Lundi, le conseil communal brainois s’est tenu dans la caserne des pompiers.

Oubliez les boiseries de l’hôtel de ville ou l’ambiance feutrée de la salle Baudouin V. Une fois n’est pas coutume, le conseil communal de Braine-le-Comte s’est tenu au milieu des camions de pompiers lundi soir. De fait, les doléances des hommes du feu étaient à l’ordre du jour. La Louvière y est déjà passée, avec quelques débordements à la clé.

En organisant le conseil dans la caserne même, Maxime Daye souhaitait-il préserver un hôtel de ville fraîchement rénové ? " Pas du tout ", a indiqué le bourgmestre. " Quand la caserne a été inaugurée, la moitié des conseillers communaux n’occupait pas leur poste. C’était une bonne manière pour eux de découvrir la réalité sur le terrain. "

"Mieux vaut tard que jamais", a répondu sèchement Stéphane Rybczak, permanent CGSP, avant d’engager le registre des griefs. "L’état de notre matériel est vétuste, certains postes d’incendie professionnels tournent sans ambulances. En fait, il n’y en a que huit pour toute la zone. Si nous sommes là aujourd’hui, c’est pour que vous ne puissiez pas dire : "on ne savait pas ".

Pour Olivier Cornero , délégué SFP et pompier depuis 24 ans, la situation est aussi grave qu’inédite. "Je n’ai jamais vu ça", tempête l’homme du feu. "Vous ne nous donnez pas les moyens de nous protéger alors que nous risquons notre vie chaque jour. La zone de secours est en place depuis janvier 2015. Les discussions du collège de zone, quand elles ne sont pas annulées faute de présence, ne débouchent sur aucun résultat."

Selon le secrétaire régional intersectoriel de la CSC, la responsabilité des bourgmestres est engagée. "Nous sommes sur une zone Seveso", rappelle Serge De Prez. "S’il y a un incident demain, nous ne sommes pas en mesure d’assurer la sécurité des citoyens à cause d’un manque de matériel et d’effectifs. En tant que bourgmestre, vous avez une responsabilité pénale et civile. Vous êtes également exposé à des amendes pour l’absence de règlement de travail. Tous les élus, ici présents, sont concernés par le risque d’un incendie. Il est temps de mesurer l’importance du débat et de nous donner les moyens de travailler en sécurité."

Sur les quorums non atteints aux collèges de zone, faute de bourgmestres, Maxime Daye est clair : "J’ai toujours été présent. Vous pouvez vérifier les P-V. Et j’ai pesté plus d’une fois en rentrant chez moi parce que la réunion était annulée à cause des absents".

Pour le reste , le bourgmestre de Braine-le-Comte affirme comprendre la colère des pompiers. "Des erreurs ont été commises par le passé", reconnait Maxime Daye. "Certaines communes n’ont plus investi en se disant que la zone allait payer. Ça ne concerne pas Braine-le-Comte et avec la nouvelle clé de répartition, notre dotation va augmenter considérablement, passant de 400.000 € par an à deux millions d’euros d’ici cinq ans. Nous contribuons à l’effort."

Si l’accouchement de la zone de secours se fait dans la douleur, Maxime Daye assure qu’une nouvelle dynamique s’est mise en place et devrait bientôt porter ses fruits.

Les pompiers aspirent à l’ambulance

La zone de secours devrait compter 21 ambulances. À l’heure d’écrire ces lignes, si un véhicule n’est pas à nouveau tombé en panne, huit ambulances seulement circulent sur tout le territoire de la zone Hainaut-Centre. La semaine dernière, ce sont les Louviérois qui se sont retrouvés le bec dans l’eau alors que leur dernière ambulance avait rendu son dernier pin-pon. "Pourtant, quatre ambulances avait été rachetées d’occasion l’année dernière à la Croix-Rouge", peste un délégué syndical. "Il n’y en a qu’une qui roule aujourd’hui. Les autres n’étaient pas en état de rouler." Le bourgmestre de Braine-le-Comte s’est dit conscient du problème. "Il y a eu un souci administratif sur l’achat de ces ambulances", reconnaît Maxime Daye. "Mais un marché a été passé pour en acquérir de nouvelles. C’est inscrit au budget."

Pascal Hoyaux au secours de la zone

"On court à la catastrophe", ont martelé les pompiers lundi lors du conseil communal brainois. Dans le collimateur des hommes du feu, le matériel. "Le manque est criant si bien que nous ne sommes pas en mesure d’assumer correctement nos missions", soupire un syndicaliste.

Une note interne a mis le feu aux poudres dans les casernes de la zone. Elle prévoit de répartir les vêtements de travail en fonction de points accordés aux pompiers. Un professionnel part sur une base de 385 points annuels, un volontaire sur 110. Problème : une seule paire de chaussures de sécurité vaut déjà 100 points.

"Nous constatons clairement que le matériel est insuffisant pour couvrir les besoins des 700 pompiers que compte la zone", poursuit un délégué syndical. "L’arrêté royal du 6 juillet 2004 relatif aux vêtements de travail est pourtant clair. Il précise que les travailleurs sont tenus de porter un vêtement de travail durant leur activité normale et que l’employeur est tenu de fournir gratuitement ce vêtement dès le début de l’activité."

Les pompiers exagèrent-ils en parlant de catastrophe ? Pas vraiment, si l’on en croit une note adressée aux bourgmestres de la zone par Pascal Hoyaux, nouveau président de la zone de secours. Il y recense différents problèmes avant de conclure : "Soit tout le monde, c’est-à-dire politiques, gradés, non gradés, administratifs vont dans le même sens, soit on court à la catastrophe".

La missive avait été envoyée dans la foulée d’une réunion du mois de mars. Aujourd’hui, le président se veut plus optimiste, même s’il reconnaît que le chantier est énorme. "Le problème, c’est qu’on a travaillé à l’envers pour créer cette zone", confie Pascal Hoyaux. "Par exemple, la pré-zone a été créée en 2014 parce que le fédéral devait nous donner de l’argent. C’est très bien, encore faut-il pouvoir le dépenser. Si on manque de personnel administratif, ce n’est pas possible de passer des marchés."

Tant du côté politique que syndical, on reconnaît que le président, nommé en janvier, a pris le problème à bras-le-corps. Un échéancier a été fixé. La prochaine grande étape sera la centralisation du personnel administratif dans la caserne de Mons au mois de mai.


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