Dossier de la gare de Mons: la SNCB a collaboré avec la Cour des Comptes

Elle précise qu'un processus contradictoire a été mené afin de faire valoir les différents arguments.

Dossier de la gare de Mons: la SNCB a collaboré avec la Cour des Comptes
©AVPRESS

Ce mercredi, un jour avant sa publication officielle, les grandes lignes du rapport rédigé par la Cour des Comptes dans le cadre du chantier de la gare de Mons fuitaient. Cette dernière épinglait notamment la désignation du bureau de l’architecte Santiago Calatrava pour l’attribution du marché public, estimant que le principe d’égalité entre les candidats n’avait pas été respecté. L’architecte espagnol avait en effet déjà été sollicité en 2004, dans le cadre de l’étude de faisabilité de la nouvelle gare et avait réalisé des dessins et une maquette.

Ses propositions avaient été redéposées alors qu'elles étaient connues et identifiables et que l'anonymat des candidatures doit normalement être garanti. Selon la Cour, un deuxième concours aurait en outre dû être organisé puisque le projet de passerelle de 2006 est devenu celui d'une gare passerelle. Bref, le dossier de la gare de Mons, s’il a déjà fait couler beaucoup d’encre, est loin d’être clos. Et pour cause. Au-delà du respect des procédures, la question du budget consacré à ce chantier mérite d’être posée.

Initialement estimé à 37 millions d'euros, la construction de la nouvelle gare en a déjà coûté 324 ! Comment en est-on arrivé là ? C'est la question à laquelle la Cour des Comptes a été chargée de répondre. De son côté, la SNCB explique ne pas avoir pris connaissance du rapport final de cette dernière. "La SNCB a apporté toute sa collaboration à la Cour des comptes et lui a fourni tous les éléments pour qu'une analyse rétrospective puisse avoir lieu en bonne et due forme sur ce dossier relatif au projet de modernisation, rationalisation et aménagement du site de la gare multimodale de Mons, à propos duquel beaucoup de choses ont déjà été dites", insiste la société.

"Tout un processus contradictoire a en effet été mené visant à faire valoir les différents arguments. Dans sa réponse à la Cour des comptes, la SNCB a aussi mis en évidence que, depuis 2018, elle a implémenté un système centralisé de gestion des projets d’investissements de gares. Ce profond changement dans le suivi des projets a pour objectif de respecter rigoureusement l’étendue initiale des projets, leur budget et le timing prévu des travaux. De même, la SNCB a développé et implémenté ces dernières années une standardisation des équipements en gare et du concept de bâtiment de gare, en phase avec l’évolution des attentes de ses voyageurs et des enjeux sociétaux de demain."

Un changement qui doit permettre d'intégrer les gares "dans leur environnement local" et permettre une évolution en fonction des nouveaux besoins de ses usagers grâce à leur nature modulable. "La SNCB souligne également la rationalisation de ses filiales engagée depuis 2015, et accélérée depuis 2017-2018. Ainsi, la majorité des filiales a été absorbée ou vendue. L'absorption d'Eurogare, la filiale qui a géré le projet de la gare intermodale de Mons, de la maîtrise d'ouvrage délégué jusqu'au suivi du chantier, qui a pris effet au 1er janvier 2022, cadre dans cet exercice."

Elio Di Rupo garde le silence

On le comprend: aujourd'hui, un projet tel que celui de Mons ne verrait probablement plus le jour. Toujours est-il que des responsabilités devront pouvoir être pointées du doigt. Dans la Cité du Doudou, le sujet est quelque peu sensible. L’actuel bourgmestre, Nicolas Martin (PS), n’a pas souhaité s’exprimer. Elio Di Rupo, bourgmestre lorsque le projet a été initié et président du jury qui a validé l'offre de Santiago Calatrava, s’est lui refusé à commenter l’actualité.

Un silence qui n'a rien de surprenant quand l'on sait que de multiples demandes d'interviews avaient dû être formulées par le magazine Intestigation pour en décrocher une. Pour beaucoup pourtant, c'est bien Elio Di Rupo qui a œuvré dans l'ombre pour que le projet de Santiago Calatrava soit retenu parmi tous les autres. Et ce alors que d'autres propositions, parfois de bureaux d'architecture montois, répondaient tout aussi bien aux critères initialement posés... Pour des coûts moins importants et des délais plus courts. "On a déjà entendu beaucoup de choses dans ce dossier, et beaucoup de choses sont probablement vraies", estime de son côté Georges-Louis Bouchez (Mons en Mieux). "Il est sain qu'une institution comme la Cour des Comptes se penche sur le dossier. Cela permettra de dégonfler des soupçons ou, au contraire, de les objectiver."

Obtenir de la transparence et faire la lumière sur un dossier sensible et polémique. L’objectif est annoncé. Reste à voir quelles suites seront réservées.

Des réactions en cascade

À l'issue du reportage de la RTBF, le ministre de la mobilité Georges Gilkinet (Ecolo) avait déjà annonce que pareil projet ne serait plus accepté aujourd'hui. Interrogé jeudi en séance plénière de la Chambre par Catherine Fonck (Les Engagés) et Nicolas Parent (Ecolo), ce dernier a à nouveau précisé que "une telle manière de travailler ne peut plus jamais se reproduire à l'avenir."

Le ministre a indiqué attendre toujours le rapport final, assurant reçu qu'un premier projet. "Pour ce qui est du passé, je ne peux que renvoyer vers la responsabilité politique de celles et ceux qui étaient à la manœuvre lors du lancement du projet en 2004 et durant les périodes d'exécution étudiées par la cour des comptes. Par contre, il me revient de prendre toutes les dispositions nécessaires afin d'éviter que de telles mésaventures budgétaires ne puissent se reproduire à l'avenir. L'argent qui est investi dans le train doit d'abord servir à faire rouler les trains. C'est la raison pour laquelle les futurs contrats de gestion de nos entreprises ferroviaires prévoient dorénavant un monitoring des coûts et un reporting régulier des réalisations reprises dans les plans d'investissement."

Dans l'opposition, Catherine Fonck a appelé le ministre à saisir la justice et à se constituer partie civile. Dans la majorité, Nicolas Parent a de son côté plaidé pour "armer et outiller le gendarme à savoir le SPF Mobilité, afin de lui permettre de suivre au plus les investissements à venir de la SNCB."

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